Brodeuse d’étoiles

Brodeuse d’étoiles

D’après une illustration de Rozenn…

Serindë était morte.

A l’origine fée, elle avait été mortellement poignardée par sa sœur Jimlë, jalouse de sa beauté.

Serindë était morte et errait maintenant seule dans le monde des Morts. Ses cheveux jadis si noirs se transformaient en un blanc laiteux. Et ses yeux verts ressemblaient maintenant à deux sombres agates.

Assise sur le toit d’une église en ruines, ses yeux vagabondaient dans un ailleurs un peu plus joyeux. Elle comptait les jours. Mais les jours existaient-ils vraiment au Pays des Morts ?

Serindë s’ennuyait et l’Eternité devenait peu à peu insoutenable. Elle aurait bien aimé la battre, l’Eternité, et la déchirer en tous petits morceaux. Mais l’Eternité, cette terrible tourmenteuse, lui échappait sans cesse et se riait d’elle.

Parfois, Serindë se demandait si quelqu’un d’autre attendait comme elle, quelque part au loin. En regardant les corbeaux passés au-dessus de sa tête, elle les imaginait enfants, autrefois, chantant sous la pluie et courant après la lune. Serindë les appelait alors doucement, mais à chaque fois se souvenait qu’elle n’avait plus de voix.

C’est l’une des choses qu’ILS vous retirent quand vous arrivez chez les Morts. Serindë avait notamment perdu sa voix, mais aussi son cœur et son âme.

La Tristesse ? Elle ne la connaissait plus.

L’Amour ? Elle ne le ressentait plus.

La Joie ? Elle l’avait oublié.

Seul l’Ennui persistait. L’Ennui et la Morosité.

Mais le pire pour Serindë, c’était le vol de la Douleur. Au fond d’elle, la fée avait mal, mais la sensation n’existait plus.

Souvent, Serindë regardait sa belle robe blanche, seul lien avec sa vie passée.

Elle caressait le tissu délicat, lentement, encore et encore. Elle touchait son ventre là où le couteau s’était enfoncé dans la chair. La plaie s’ouvrait et se refermait constamment comme des yeux face au soleil. Serindë aurait voulu cesser ce manège pour ne plus voir son sang couler le long de son ventre puis réintégrer son corps. Elle était persuadée que le liquide rouge et gluant prenait lentement, mais sûrement, la place de son âme.

Un jour, alors que Serindë pensive trônait toujours au-dessus de son église, un phénomène exceptionnel se produisit. Dans le ciel, d’habitude d’un rose pâle sans consistance, venaient d’apparaître des étoiles, d’un blanc pur comme les cheveux de Serindë. Elles tourbillonnaient lentement et changeaient constamment de trajectoire. La fée les ignora. Mais elle les vit de plus en plus, déambuler fièrement dans le ciel et frôler ses joues pâles.

Serindë se leva et attrapa une étoile aussi froide que la glace. Ca, elle pouvait le sentir.

En la tournant dans sa main, elle remarqua le changement de couleur de l’astre. Alors, Serindë eut une idée…

Pendant des jours, une éternité pour la fée, Serindë cueillit des étoiles. Elle les cacha à l’intérieur de l’église et les veilla comme un enfant de peur que les corbeaux s’en emparent.

Serindë se fit une couronne qu’elle posa sur ses longs cheveux blancs. Puis elle confectionna un bracelet pour son poignet décharné. Enfin, elle fabriqua un collier pour son cou si nu. Les étoiles se plaisaient sur sa peau et peu à peu elles ne firent qu’un avec la fée.

Quand elle eut terminé, Serindë s’allongea dans l’église et pour la première fois depuis sa mort, Serindë rêva.

Les étoiles l’emmenèrent loin de ce pays austère, dans une contrée verte et fertile où le soleil et la lune chacun à leur tout brillent. Elle sentait la brise fraîche sur sa peau et comme par magie retrouva ses ailes.

Serindë resta longtemps allongée dans l’église échappant ainsi, juste pour quelque temps, à sa condition de mortelle.

*

Depuis, les fées rejoignant l’Au-delà s’arrêtent auprès de Serindë la Brodeuse d’Etoiles. Elle offre aux nouveaux morts un manteau et une parure d’étoiles pour continuer de rêver et oublier ainsi, la cruelle Eternité.

@copyrightClementineFerry

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Marguerite

Marguerite

D’après une illustration de Rosalys…

 

La reine Marguerite avait son palais sous un rosier rose

Pendant tout l’hiver, elle s’y cachait et dormait sous terre.

Ses longs cheveux noirs servaient de manteaux pour ses jolies roses.

Son palais grandiose était protégé contre la neige froide,

Contre le givre des mauvais jours et la pluie tapante.

Certains animaux seuls ou sans toit,

Dormaient dans des nids que la reine gardaient.

 

La reine Marguerite rêvait au Soleil et ses rayons chauds.

La Lune était belle, mais parfois si terne

Et souvent sans prévenir elle disparaissait.

Marguerite avait de la peine, seule sous son rosier adoré,

Car la Lune était vilaine et elle la laissait tomber.

Alors, elle rêvait au Soleil et à sa douce chaleur

À sa lumière enchantée et ses rayons protecteurs.

 

La reine Marguerite surveillait sa cour de fleurs

Vérifiant régulièrement leur souffle frais et léger.

Elle demandait l’aide du vent pour ainsi s’en assurer

Et ne pas voir l’une d’entre elles sous la neige trépasser.

C’était une reine aimante avec un cœur éclatant,

Une douceur sans pareil et un charme affolant.

La sublime Marguerite possédait un vrai talent.

 

La reine Marguerite sortit enfin de la terre

Lorsque le Printemps fut là et qu’il chassa l’Hiver.

Elle souriait discrètement et ne cherchait pas à plaire,

Mais ses cheveux d’ébène et ses yeux de biche,

Sa bouche toute rose et sa peau si nue,

Ouvrirent les boutons de ses roses fétiches

Et un chant magique marqua sa venue.

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@copyrightClementineFerry