La danse de l’épouvantail

La danse de l’épouvantail

L’un des dessins de ma collègue Coccinelle du Tandem Jeunesse m’a inspiré ce petit poème.

 

Moi je regarde la Lune

Et les étoiles qui s’allument.

Gribouille, ce cher hibou,

Se colle contre mon cou.

 

Ma Citrouille se tient bien droite

Et attend que je m’échappe.

Je suis piqué dans le sol,

Mais chaque nuit je décolle.

 

Si je me dandine un peu,

Je peux déplacer le pieu.

Je me dégourdis les pieds,

Puis je me mets à danser.

 

Gribouille remue ses fesses :

C’est bien mieux que faire la sieste !

Et la Lune descend plus bas,

Pour admirer mon cha-cha.

 

J’ai toute la nuit devant moi,

Pour courir dans les bois.

Si les corbeaux me voyaient,

Le champ ils dévasteraient.

 

Quand la Lune s’endort,

Gribouille gentiment me mord :

Je dois rejoindre mon pieu

Et demain faire de mon mieux.

 

Si la Lune est mon amie,

Le Soleil lui m’ennuie.

Au lieu de rester bien droit,

Je préfère les entrechats.

 

Mais pendant toute la journée,

Je suis bien amusé :

Les corbeaux picorent mon nez,

Gribouille chante des chansons

Et ma Citrouille adorée,

Ecrit à son Potiron.

 

@copyrightClementineFerry

Périlleuse initiation

Bethany revêtit sa longue cape violine et son chapeau pointu assorti. Elle maquilla ses yeux, aussi noirs qu’étaient blonds ses cheveux, avec un crayon prune et saupoudra ses joues de blush. Elle ferma son corsage et serra fermement les lacets de ses bottines.

Son chat Potiron se frotta contre ses jambes avant que ses ailes de chauve-souris ne sortent de son dos : il vint se poser sur les épaules de sa maîtresse et lui lécha le nez. Bethany rit, mais l’anxiété se lisait sur son visage.

Cette soirée d’Halloween allait être particulière pour l’apprentie sorcière. Ce soir, elle entrerait pour la vie dans le clan des Sorcières Rouges.

Les Sorcières Rouges n’étaient ni méchantes, ni gentilles envers les humains. Leur travail consistait à gérer au mieux la soirée d’Halloween chez les créatures merveilleuses. Elles étaient responsables de l’organisation des fêtes des vampires, veillaient au bien-être des morts, cachaient les fées aux yeux des goules… Le reste de l’année, elles vaquaient aux occupations classiques de sorcières : potions magiques, incantations, transformations, guérisons, réparations de chaudrons… Rien de bien original !

Bethany travaillait d’arrache-pied depuis deux ans pour devenir elle aussi une Sorcière Rouge. Elle était bien plus timide que les autres apprenties, mais bien plus sérieuse également. Sa mère, la célèbre Anaïs Baquet était décédée des suites d’une bagarre avec un Troll. Elle lui avait légué son chat Potiron, un animal doué de la parole et du don de divination. Bethany étant fille unique, elle avait donc passé toute son enfance avec le chat de sa maman qui jouait à présent le rôle de protecteur.

Potiron sur ses épaules et une citrouille éclairée à la main, Bethany sortit de sa demeure. Dehors, la nuit était tombée depuis longtemps et le froid mordant vint cingler le visage de la jeune fille qui enfonça un peu plus son chapeau sur sa tête. Potiron recouvrit ses oreilles avec ses ailes. Le hululement des chouettes n’effraya en rien la jeune fille : après tout, c’était une sorcière !

Aubépine Pastiflore, la chef du clan des Sorcières Rouges, lui avait donné rendez-vous au centre de la Forêt Sacrée. Aubépine était la tante de Bethany et elle avait pris la place de chef d’Anaïs après la mort de cette dernière. C’était une femme douce et discrète qui savait cependant se faire écouter et respecter. Elle possédait un don bien rare chez les Sorcières Rouges : celui de converser avec les morts. L’objectif de Bethany se résumait à obtenir le même don que celui de sa tante et Potiron veillait à ce que la jeune sorcière fasse correctement ses devoirs tous les soirs.

Bethany avançait lentement sur le chemin menant à la Forêt Sacrée. Au loin, elle apercevait le toit des maisons d’un village humain. Les nombreux lumignons allumés donnaient au village des reflets d’or. Les arbres s’étaient parés de leurs couleurs d’automne et les feuilles jaunes tourbillonnaient dans le vent. Potiron, bien assis sur les épaules de Bethany, s’amusait à les attraper, griffant l’air avec ses pattes blanches.

Plus elle s’enfonçait dans la Forêt, plus la jeune sorcière se sentait nerveuse. Elle n’aimait pas tellement le noir et le crissement des feuilles sous ses pieds l’avait toujours gêné. Non, elle n’avait pas peur ! Disons qu’elle n’était pas complètement détendue…

Bethany arriva dans une clairière.

Les arbres-alentours portaient tous la marque du clan : une citrouille souriante. La jeune sorcière savait que l’initiation aurait lieu ici, mais il n’y avait personne. Potiron descendit de son perchoir pour inspecter la clairière. Bethany posa sa citrouille à terre et s’assit. Elle ne connaissait pas les étapes de son initiation qui restait secrète jusqu’au dernier moment.

Pour détendre sa maîtresse, Potiron exécuta une danse des plus comiques, battant des ailes à tout rompre, tournant dans les airs et remuant son derrière. Bethany partit dans un fou rire incontrôlable qui stoppa net lorsqu’un éclair se brisa sur le dos de Potiron. L’animal chuta et vint s’écraser à terre. Bethany se leva d’un bond, tétanisée. Impossible d’aller vérifier si son tendre compagnon avait perdu la vie ; déjà des ombres volantes venaient l’attaquer.

Sortant sa baguette magique de son corsage, la jeune sorcière récita les formules magiques de circonstance. Malheureusement, cela ne sembla faire aucun effet sur les spectres bien trop puissants pour elle.

Ils lui donnaient de violents coups dans l’épaule avant de se volatiliser puis revenaient à la charge en frappant son visage comme avec un fouet. Bethany sentait la douleur et la peur l’envahirent, mais lorsqu’elle jeta un œil à Potiron toujours inerte sur le sol, elle décida de se reprendre en main. Hurlant les incantations, elle brandit sa baguette dans les airs et frappa au hasard les ombres. Une par une, elles finirent par attaquer moins violemment la jeune fille. De larges griffures saillaient le visage poupin de Bethany, mais elle n’y prêta aucune attention. Rassemblant son courage, elle ferma les yeux et pour la première fois, l’Eclair Rouge, symbole du clan, jaillit de sa baguette avec force. Toute la forêt fut recouverte d’un brillant halo rouge.

Lorsque Bethany rouvrit les yeux, la clairière était baignée d’une douce et chaude lumière émanant des nombreuses citrouilles posées au sol. Potiron siégeait tout penaud sur l’une d’entre elles. Tout le clan était réuni autour d’Aubépine Pastiflore qui avait revêtu la robe rouge de cérémonie. Un tonnerre d’applaudissements fit frémirent les arbres et les joues de Bethany s’empourprèrent. Sa tante la regardait, un large sourire fendant son visage en deux. Lorsque Potiron vint se poser sur les épaules de sa maîtresse, de la poussière magique transforma les vêtements de la jeune sorcière qui se retrouva habillée d’un costume rouge sang ; costume traditionnel d’une Sorcière Rouge. Elle avait réussi ! Des larmes de joie coulèrent sur ses joues et elle enlaça son chat bien-aimé.

Des guirlandes de couleur avaient été disposées sur les branches des arbres. Une musique joyeuse flottait dans les airs et certains animaux de la forêt, curieux, assistaient à la fête. Certaines Sorcières Rouges se passaient des gobelets remplis de jus de citrouille et dégustaient des sucres d’orge, d’autres dansaient autour de deux généreux feux de joie.

Un peu plus loin de cette agitation, Aubépine Pastiflore remettait à sa nièce la Broche Rouge, emblème du clan. Le pauvre Potiron eut droit à une souris à la broche, lui qui ne se remettait pas d’avoir « trahi » sa maîtresse.

Bethany retrouva sa meilleure amie, Lulavine, acceptée au sein du clan la semaine précédente. Comparant avec fierté leur broche respective (différente en forme selon la sorcière qui la porte), elles passèrent le reste de la nuit à imaginer leurs futures missions.

Assise sur un talus d’herbe sèche, Aubépine Pastiflore, un châle posé sur les épaules, regardait les étoiles. Ses yeux noirs brillaient, éclairés par la lune.

Elle pensait à sa sœur.

Elle lui manquait tellement. Aubépine était la plus jeune des deux et elle aurait voulu voir Anaïs auprès d’elle pour la guider.

Elle pensait à sa nièce et à sa détermination.

Elle pensait à la prochaine fête d’Halloween. Comme ce serait amusant d’être aux côtés de Bethany !

Aubépine pensait qu’elle avait déjà trouvé celle qui lui succéderait. Une affaire de famille semblait-il…

@copyrightClementineFerry