Tandem Jeunesse 9: COMMANDE SECRETE en ligne!

Tandem Jeunesse 9: COMMANDE SECRETE en ligne!

Mon projet tandem jeunesse de cette année est en ligne sur le site tandemjeunesse.fr.

Voici le début du texte et les premières illus de Kue.

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« Notre monde périra

lorsque tous les peuples du Firmament

seront en guerre »

Aldéric le Juste – écrivain de Svélénie

Conclusion de l’ouvrage – LA CHUTE DU FIRMAMENT –

 


« Le sable est notre monde ;

La pluie jamais ne tombe.

Notre peau est brûlée

Pour l’éternité. »

Poète anonyme de Sandwar

Tiré de l’ouvrage – PEUPLE CACHE –



PROLOGUE

1150.

PAYS DU FIRMAMENT

 

Le Pays du Firmament se situe quelque part dans un autre monde. A côté des cinq royaumes du Pays s’étend la Mer Etoilée trouée en son centre par les Chutes du Firmament rejoignant l’inconnu et le néant du monde.

Le Royaume de Svélénie regorge de richesses et merveilles. Il abrite mages savants et explorateurs. Le célèbre écrivain Aldéric le Juste y vécut et le roi du Pays du Firmament a fait construire son palais dans la lumineuse capitale.

Le Royaume de Campurcie, sombre et secret, est le repère de trafiquants et mécréants en tout genre. Marchands, pèlerins et voyageurs le traversent uniquement par obligation fatale.

Le Royaume de Docéa aux senteurs marines abrite la plus importante colonie de sirènes. Ici, les commerçants sont des spécialistes de la perle. Être pêcheur au Royaume de Docéa est un métier des plus gratifiants !

Le Royaume de Sandwar, contrée lointaine et abandonnée, est un immense désert où rien ne vient troubler les assauts du sable. Les Hommes Soleil y vivent, à moitié brûlés et muets, mais réputés pour leurs poèmes enflammés et leurs peintures au sable. Les plus grands alchimistes du pays résident dans la ville de Chlore, unique cité du royaume où le sable n’a pas encore pénétré. La terrible prison de la ville est la plus grande des cinq royaumes réunis. Meurtriers, voleurs et nécromanciens avides de pouvoir sont cachés par ses hauts murs.

Enfin au Royaume de Magure, bucolique et paysan, se trouve la cité d’Oswald dirigée d’une main de fer par le comte Walon II. Lui-seul a banni les créatures féeriques de son royaume.

Que l’infâme comte soit damné pour cette absurde  décision!

Ceci est bien malheureux, car l’histoire contée ici se déroule justement dans ce royaume.

Oh, mais il y a des jolies choses à Oswald ! Les six ravissantes princesses, filles du comte. Et son épouse, la comtesse Alix.

Les vergers fleuris et la rivière chantante.

Les chaumières élégantes et l’auberge animée.

Et dans la vieille ville, une échoppe aux mille couleurs est tenue par le couturier Edern.

Le couturier qui coût des pois !

 

CHAPITRE 1

Edern rapiéçait la poche de son pantalon, éclairé par la lumière du soleil.

Il était le couturier attitré du comte et les nobles du royaume du Magure venaient régulièrement le visiter pour refaire leur garde-robe. Ce jeune homme timide ne s’habituait pas vraiment à sa célébrité ; simple, il continuait de rendre visite à ses parents à la campagne et leur apportait chaque mois la moitié de ses gains.

 

Son atelier était rempli d’étoffes en tout genre et dans l’arrière-salle se trouvaient tous les nouveaux vêtements réalisés dernièrement, empaquetés dans de jolies boîtes.

Au-dessus de l’échoppe se trouvaient les appartements du couturier, décorés gaiement et impeccablement rangés. Roulé en boule sur la douce couverture en laine de son lit, Neptune son gros chat roux, dormait profondément. Le seul produit de luxe du jeune homme était une délicate bouteille de parfum posée sur sa table de nuit.

 

La cloche de la porte d’entrée teinta. Un petit homme en habit de velours rouge se tenait sur le seuil, un parchemin à la main. Sans même attendre un regard d’Edern, il le déplia et lu :

« Le comte Wallon II demande au jeune prodige Edern de proposer une nouvelle garde-robe printanière à la plus jeune des princesses, Gladys.

Le jeune Edern n’aura pas plus d’un mois pour apporter les costumes au château.

Avec grâce,

Wallon II.

_  Acceptez-vous, monsieur Edern ? »

Le jeune couturier leva enfin la tête de son ouvrage et sourit au petit homme amusant se tenant devant lui.

« Vous direz au comte que j’accepte la commande, mais un mois n’est pas suffisant. J’ai beaucoup d’autres demandes.

_ Le comte est prioritaire, Monsieur, répliqua le messager en bombant le torse.

_ Très bien. Je ferai mon possible, répondit poliment Edern. »

Le petit homme fit une rapide révérence puis repartit prestement.

Neptune descendait les escaliers à ce moment précis et cracha vers le messager. Edern éclata de rire et caressa son chat.

« Mon pauvre Neptune, il t’a réveillé avec sa voix d’éléphant. »

L’animal avait tout l’air de faire la tête. Il grimpa sur les genoux de son maître et se roula en boule sur ses genoux.

« Mais je n’ai pas fini mon travail ! s’offusqua Edern tout en s’amusant du comportement de Neptune. Bon, cela sonne l’heure de ma pause. »

 

Le couturier s’étira lui aussi. Dehors, une fine pluie commençait à tomber. Le brouillard envahissait peu à peu les rues d’Oswald. Edern se fit un thé, prit un livre et s’allongea devant la cheminée, son chat sur le dos.

 

*

Pendant ce temps, dans la demeure du comte Wallon II, Blanche, l’une des six princesses, admirait son nouveau collier dans un miroir. Sa sœur jumelle Berthille peignait avec une de leur sœur aînée Chlotilde. La comtesse Alix tricotait une paire de mitaines pour la dernière princesse née trois mois auparavant ; le petite Gladys. Elle avait hérité des cheveux bruns des jumelles alors que toutes les autres filles du comte étaient blondes.

« Cette gemme est si brillante ! s’exclama Blanche en touchant la pierre au centre du pendentif.

_ Moins fort, lui chuchota la reine.

_ Il ne pourra jamais deviner, lui répondit sa fille.

_ Je ne préfère pas en parler, dit Berthille en frissonnant. »

Blanche s’était offert ce collier doté du pouvoir de déplacement astral, il y avait quelques jours. Les jumelles étaient déjà bien assez rejetées par leur père !

Pourquoi ? Ah, cela requiert une explication.

 

Blanche et Berthille, jumelles aussi brunes que leurs sœurs sont blondes, possèdent des dons étranges. Blanche est douée de prémonition et Berthille lit dans les pensées. Lorsque leur père l’apprit, lui qui avait jadis bannit toute magie du royaume, il rentra dans une forte rage et décida d’éloigner les jumelles de ses autres filles. Seule la douce Chlotilde resta auprès d’elles. La reine Alix, elle, a accepté le destin de ses filles et a bien vite oublié les pouvoirs qu’elles possédaient ; après tout, elles faisaient partie de la famille.

Ainsi, si Berthille prend soin de ne pas étaler ses pouvoirs, Blanche elle, viole avec plaisir les interdits de son père. Elle rend visite à ses sœurs bravant l’interdiction de sortie des jumelles de leur aile du château, se faufilant dans les chambres des princesses pour faire peur au plus jeunes et raconter des histoires d’amour aux plus âgées.

Toutes apprécient les jumelles avec qui elles passèrent une infime partie de leur enfance.

 

Berthille préférait donc rester discrète sur l’achat improbable de sa sœur.

Les incessantes provocations de Blanche amusaient la comtesse Alix et la princesse Chlotilde.

Les gênes continues de Berthille poussaient Blanche à aimer d’avantage sa sœur et faisaient sourire la comtesse.

Tout se petit monde était perdu dans ses pensées, lorsque Madame Boum (de sons vrai nom Madame Marguerite, surnommée ainsi pour sa maladresse légendaire), la gouvernante des jumelles, entra dans la salle. Blanche s’empressa de cacher son collier dans ses jupons et Berthille devint rouge comme une pivoine.

« Vous vous sentez mal Mademoiselle Berthille ? demanda prestement la gouvernante.

_ Oh non… non… Un peu d’air frais me ferait le plus grand bien, répondit la jeune fille très mal à l’aise. »

Blanche ouvrit en grand les fenêtres du salon puis posa une main affectueuse sur les épaules de sa jumelle.

« Son état va s’améliorer, pour sûr, mentit-elle avec un sourire disproportionné. »

La comtesse Alix sourit, Chlotilde se cacha pour ne pas rire et même Berthille mit la main devant sa bouche pour réprimer un hoquet comique. Quant à Madame Boum, elle n’avait rien saisi et fut rassurée de voir Berthille moins rouge.

« C’est l’heure du thé, annonça-t-elle joyeusement. »

Deux servantes entrèrent déposer des plateaux bien garnis.

« Oh Berthe, comme vos cheveux sont soyeux ! s’exclama Blanche. »

La servante à qui était adressée cette gentille remarque baissa la tête.

« Mademoiselle Berthille ! s’écria Madame Boum. Voyons, vous ne pouvez pas adresser la parole ainsi à une simple servante !

_ Mais ses cheveux ont en effet une couleur ravissante, renchérit Berthille, toujours embarrassée par le protocole. »

La comtesse Alix et Chlotilde se retournèrent vers la jeune fille, étonnées qu’elle prenne la parole. La gouvernante était estomaquée.

« Bon et bien… Laissez-nous prendre le thé maintenant, dit Berthille pour changer de sujet. »

La bonne vieille femme quitta la salle avec ses aides. Dans l’oreille de la jeune Berthe, Blanche lui glissa :

« Certainement, Chilpéric l’aura remarqué lui aussi. Lui avez-vous écrit votre lettre ? »

Le regard de Berthe s’illumina. Elle était sur le point de répondre lorsque Madame Boum la tira hors de la pièce. Blanche sourit.

*

La nuit était tombée sur Oswald. La pluie tombait de plus en plus fort.

A la sortie de la ville, le Bois de l’Innocence étalait ses arbres immenses aux yeux des voyageurs. Au plus profond du bois se dressait une maisonnette totalement fondue dans la nature. Seule la fumée sortant d’une cheminée en pierre révélait l’habitation.

 

Des êtres presque invisibles frôlaient les buissons et poussaient de petits cris.

Une colonie de lucioles tournoyait autour d’une rose à la taille démesurée.

Un chat noir ailé faisait sa toilette sur la cime d’un arbre.

Le Bois de l’Innocence. Le repère de créatures mystérieuses parfois entraperçues par les promeneurs d’un soir. Chaque année, les Fées des Terres Brunes, bannies d’Oswald, s’y réunissaient.

Mère Suzelle la sorcière était la gardienne de ce bois depuis plus d’un siècle maintenant.

 

Deux loups dormaient devant la porte de la chaumière.

A l’intérieur, la sorcière, s’activait au-dessus de son chaudron. Courbée comme une branche de saule pleureur, la veille femme chantonnait. Perché sur la cheminée, Craquotte sa corneille l’observait.

Lorsque la soupe fut prête, elle s’en versa dans un bol en terre cuite puis remplit deux écuelles posées sur le sol. Elle siffla et les deux loups postés à l’entrée pénétrèrent dans la maison.

« La bonne soupe vous attend, mes petits, leur dit-elle d’une voix chevrotante. »

Elle fixa la porte. Immédiatement, les nombreux verrous se fermèrent d’eux-mêmes.

Dans son garde-manger, elle parti chercher de la viande séchée qu’elle offrit à Craquotte. La corneille lui piqua doucement le nez en signe de remerciement.

 

La vieille femme s’installa dans son fauteuil à bascule et but à petite gorgée sa soupe épaisse encore brûlante.

Qui aurait pu imaginer que cette aïeule aux rides prononcées et aux yeux souriants, possédaient de grands pouvoirs ?

 

@copyrightClementineFerry

TOUTES REPRODUCTIONS DES ILLUSTRATIONS SONT STRICTEMENT INTERDITES.