Le Noël d’Ellia

Le Noël d’Ellia

Guirlandes de houx et de flocons pendaient entre les chaumières. Ellia, jeune fée de cinq ans, aidait ses parents à décorer le sapin. Sans envie, elle accrochait les boules aux branches.

Ellia détestait Noël.

Chaque année, le repas de fin d’année se partageait avec les Elfes, les Lutins, les Gnomes et compagnie. Pourquoi n’allaient-ils jamais dîner avec les Hommes ? Ellia voulait émerveiller les enfants et écouter les commérages des grands.

« C’est trop dangereux, disait Maman.

_ Ils ne sont pas intéressants, disait Papa.

_ Il ne faut pas leur parler, disait Mamie.

_ Cela n’a pas d’intérêt, disait Papi. »

Quel ennui ! Tous les banquets de Noël se ressemblaient et tous les ans le « gentil » Père Noël venait se reposer un temps chez les Fées. C’était barbant !

Ellia boudait et refusa d’aider Maman à préparer les biscuits pour la fête.

*

Le soir de Noël, les Lucioles guidèrent les Fées jusqu’au lieu de rendez-vous où d’immenses tables avaient été dressées. Une fontaine d’hydromel et une autre de vin de groseilles déversaient leur contenu dans des verres en cristal rempli au fur et à mesure.

Ellia dût subir les enlacements un peu trop violents des Lutins et les révérences guindées des Elfes. Elle s’assit à l’écart pour jouer avec une portée de marcassins. Les rires et les chants la gênaient déjà. Comme cette fête était pathétique ! Tout le monde hurlait, s’embrassait et mangeait bruyamment. Et les Hommes eux, que faisaient-ils ? Certainement des activités beaucoup plus intelligentes.

Lorsque l’heure des cadeaux vint, Ellia découvrit avec peu d’intérêt le sien : une boule à neige avec un sapin et une église au centre. Elle grimaça et faillit jeter la boule contre un arbre, lorsque Maman retint son geste :

« As-tu bien regardé dans la boule, ma chérie ? »

Fronçant les sourcils, Ellia approcha la boule à neige de son visage. Longtemps, elle attendit et observa. Mais rien d’extraordinaire ne se  produisit. Furieuse, elle secoua la boule.

La neige se mit à tomber dans le petit décor et soudain, des personnes apparurent, marchant en direction de l’église. Des Hommes ! Les yeux d’Ellia s’agrandirent de stupeur.

« Mais… Vous les avez enfermés ! s’exclama-t-elle horrifiée.

_ Oui ma chérie, mais ils ne le savent pas, répondit Papa en souriant. »

« Comme c’est cruel, pensa Ellia. Mais comme ce cadeau me plaît ! »

christmas fairy Holly wm

A son tour, elle embrassa sa famille et prit part aux activités de Noël avec plus de plaisir que jamais auparavant. Elle regarda avec admiration les Hommes se mouvoir dans le décor de Noël. En collant son œil contre la boule, elle pouvait même voir leur village en entier.

Mais, que voyait-elle ? Dans les maisons et dans les rues ?

Les Hommes s’embrassaient eux aussi. Ils riaient et s’offraient des présentes emballés dans de délicats papiers cadeaux.

Et partout sur les tables, il y avait des plats chauds à partager, des biscuits et du vin.

Les enfants hurlaient en courant et les chiens sautaient partout, un collier de houx autour du cou.

Ellia jeta la boule à terre.

« Non ! Non ! Non ! Cela ne se peut pas ! hurla Ellia. Les Humains ne font pas cela ! »

Posant ses mains sur les hanches et relevant la tête, elle déclara :

« Moi je sais que les Hommes n’aiment pas Noël ; tout comme moi ! »

Personne n’avait remarqué la petite Fée sauf ses parents qui la regardait, fiers de leur cadeau.

*

Fixant le vide, Ellia écrasait machinalement les morceaux de verre de sa boule. Oncle Lilian, le plus vieux fé de la colonie vint s’assoir à côté d’elle. Entortillant sa longue barbe entre ses doigts, il attendit que la jeune fée parle en premier.

« Mes parents m’ont offert un bien mauvais cadeau, se plaignit Ellia. »

Le vieux Lilian ne lui répondit pas. Alors que la petite fille allait éclater en pleurs, il lui dit :

« Tu sais Ellia, les Hommes aussi fêtent Noël. Eux aussi rient, chantent, dansent et s’offrent des cadeaux. C’est la tradition et cela arrive tous les ans comme chez nous.

_ Mais moi je pensais qu’ils trouveraient ça bête ! répliqua Ellia.

_ Pourquoi donc chère enfant ? Pourquoi est-ce bête, la fête de Noël ?

_ Et bien… et bien… Pourquoi faire autant de bruit et manger pendant des heures ? Pourquoi faire des danses stupides et en rire ? s’étonnait Ellia. »

Sans rien dire l’Oncle Lilian se leva, fit un signe au groupe de Lutins en charge de la musique et interpréta devant Ellia la plus ridicule des danses, bientôt suivi par tous les autres convives. La neige se mit à tomber et même les Elfes, d’ordinaire si sages, tournèrent en compagnie des flocons.

Farandoles, gigues, queue leu leu, cancan… tout y passa !

Les joues d’Ellia devinrent rouges ; très rouges ! Comme le vin de groseilles. Le rire monta. Puis les larmes.

Et Ellia pleura de rire pour la première fois à Noël ! Se roulant à terre dans la neige, le nez recouvert de léchouilles baveuses des marcassins, Ellia était dans un état second.

La petite fée finit la fête de Noël comme elle aurait dû la commencer : à piocher dans les plats avec ses doigts, à danser avec Papi, à rire avec les gnomes qui lui pinçaient les fesses, à chanter à tue-tête accompagnée par le grognement des marcassins.

Non Ellia la petite fée ne faisait plus la tête.

Oui Noël pour sûr, était bien la plus belle fête !

@copyrightClementineFerry

JOYEUX NOËL A TOUS!!!