Un amour de carotte

Un amour de carotte

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit une petite histoire comme ça et bien c’est chose faite avec ce conte animalier humoristique. J’espère que ça vous plaira…

Il y a longtemps, très longtemps, alors que la Terre se peuplait peu à peu de créatures vivantes, les Lapins cherchèrent à se différencier des autres animaux. Avec détermination, ils cherchèrent comment faire de leur espèce la plus originale de toute…

*

Sous la lune, autour d’un joyeux feu de camp, le clan des Lapins participait à une réunion des plus sérieuses. Chaque participant tenait un verre de jus de racines de pissenlit entre les pattes. Des « peintures de guerre » recouvraient leur visage.

« Grimpons aux arbres ! s’écria Hop le chef du clan. »

Un cri de guerre suivi. Les femelles remuèrent leur popotin. Les Lapins étaient prêts…

 

Le lendemain matin, sortant de leur terrier, les Lapins se réunirent au centre d’une immense clairière. Dans un même et unique élan, ils s’apprêtaient à grimper aux arbres lorsqu’ils virent courir sur les troncs épais, le clan Ecureuils.

« C’est nous qui grimpons ! C’est nous qui grimpons ! crièrent-ils. »

Déçus, les Lapins rentrèrent la tête basse dans leur terrier.

*

Le second soir, sous la lune, autour d’un joyeux feu de camp, le clan Lapins participait à une seconde réunion des plus sérieuses. Chaque participant tenait un verre de jus de racines de pissenlit entre les pattes. Des « peintures de guerre » recouvraient leur visage.

« Vivons sous terre ! s’écria Hop.

Un cri de guerre suivi. Les femelles remuèrent leur popotin. Les Lapins étaient prêts…

 

Le second matin, sortant de leur terrier, les Lapins se réunirent au centre d’une immense clairière. Equipés de lumière sur le front, ils s’apprêtaient à creuser la terre lorsqu’une tête sortie du sol. Puis un autre et une troisième jusqu’à la vingtième ! C’était le clan Taupes.

« C’est nous qui creusons ! C’est nous qui creusons ! crièrent-elles. »

Déçus, les Lapins rentrèrent la tête basse dans leur terrier.

*

Trois soirs plus tard, sous la lune, autour d’un feu de camp un peu moins joyeux, le clan Lapins participait à une troisième réunion des plus sérieuses. Chaque participant tenait un verre de jus de racines de pissenlit entre les pattes. Des « peintures de guerre » un peu passées recouvraient leur visage.

« Rampons sur le sol ! s’écria Hop.

Un cri de guerre suivi, mais déjà certains Lapins se taisaient. Les femelles remuèrent leur popotin. Les Lapins étaient prêts…

 

Le troisième matin, sortant de leur terrier, les Lapins se réunirent au centre d’une immense clairière. S’alignant les uns à côté des autres, ils s’apprêtaient à ramper lorsque passèrent entre leurs pattes le clan Serpents.

« C’est nous qui rampons ! C’est nous qui rampons ! crièrent-ils. »

Déçus, les Lapins rentrèrent la tête basse dans leur terrier.

*

Quatre soirs plus tard, sous la lune, autour d’un feu de camp encore moins joyeux, le clan Lapins participait à une quatrième réunion des plus sérieuses. Chaque participant tenait un verre de jus de racines de pissenlit entre les pattes. Des « peintures de guerre » à moitié effacées recouvraient leur visage. Certains attendaient le dénouement bien au chaud dans leur terrier.

« Volons avec le vent ! s’écria Hop »

Certains crièrent, les autres se turent. Les femelles remuèrent leur popotin. Les Lapins étaient prêts…

 

Le quatrième matin, sortant de leur terrier, les Lapins se réunirent sur un immense rocher. Portant de grosses lunettes d’aviateur, sentant le vent chatouiller leurs oreilles, les Lapins s’apprêtaient à s’élancer dans les airs, lorsque le clan Oiseaux passa tout prêt d’eux. Ils tournèrent comme des toupies. Retenant leurs oreilles, ils entendirent :

« C’est nous qui volons ! C’est nous qui volons ! »

Hop était bien dépité et les autres lui lançaient de drôles de regards.

Déçus, les Lapins rentrèrent la tête basse dans leur terrier.

*

Cinq soirs plus tard, sous la lune, autour d’un feu de camp presque éteint, Hop le Lapin et sa famille participaient à une cinquième réunion pas tout à fait sérieuse. Chaque participant tenait un verre de jus de racines de pissenlit à moitié vide entre les pattes. Plus de « peintures de guerre » sur le visage des participants, mais quelques cernes.

« Nageons dans l’eau douce, murmura Hop. »

La famille acquiesça. Mais il n’y avait plus de femelles pour remuer leur popotin. Hop et sa famille étaient prêts…

 

Le cinquième matin, Hop et sa famille se réunirent au bord du lac. Portant de longues palmes aux pieds, les Lapins s’apprêtaient à plonger au fond de l’eau, lorsque de multiples jets d’eau vinrent mouiller leur pelage. C’était le clan Poissons.

« C’est nous qui nageons ! C’est nous qui nageons ! crièrent-ils. »

Hop était complètement dépité et sa famille bien en colère.

Déçus, les Lapins rentrèrent la tête basse dans leur terrier.

 *

Six soirs plus tard, sous la lune, autour d’un feu de camp éteint, Hop le Lapin et sa femelle Hopette regardaient le ciel rempli d’étoiles.

Plus de « peintures de guerre ».

Plus de jus de pissenlit.

Plus de participants.

Beaucoup de cernes et de dépit.

« Bon et bien… marchons sur deux pattes, proposa Hop à Hopette. »

 

Le sixième matin, Hop et Hopette se réunirent sur une longue route. Ils s’apprêtaient à se lever sur leurs pattes arrière lorsque  le clan Humains passa à côté d’eux. Laissant tombé une glace à terre, ils tâchèrent les belles oreilles d’Hopette.

« C’est nous qui marchons ! C’est nous qui marchons ! crièrent-ils. »

Hop était abattu et Hopette tellement triste pour ses oreilles qu’elle partit en pleurant.

Déçu, Hop rentra la tête basse dans son terrier.

 

Dans la forêt, les autres Lapins lui fermèrent leur porte au nez et Hopette bouda toute la soirée.

*

Le septième soir, Hop seul sur la lande rêvait au jour où il trouverait quelque chose de spécial pour son espèce.

Le clan Ecureuils arriva.

Suivi par le clan Taupes.

Puis le clan Serpents.

Vint le clan Oiseaux.

Et enfin le clan Poissons.

Comme ils étaient tristes de voir Hop dans cet état !

« Faisons un tour ensemble, proposèrent-ils en chœur ! »

 

Hop soupira et les suivit. Ils marchèrent longtemps, très longtemps. Et puis ils tombèrent sur une immense bâtisse entourée d’immenses champs. Là, des Humains travaillaient.

« Oh ils marchent déjà, nous ne pouvons pas faire cela, dit Hop aux autres. »

Soudain, les narines d’Hop furent attirées par un délicieux fumet. Quelle odeur exquise ! Quel arôme parfait ! Guidé par son nez, Hop se retrouva devant une fenêtre d’Humain.

« Cache-toi ! s’exclamèrent les autres. Ils vont te manger ! »

Mais Hop sauta sur le bord de la fenêtre où une soupe à la carotte refroidissait. Trempant ses moustaches dans le pot, il but une minuscule gorgée. Il resta figé quelques instants. Ecureuils, Taupes, Serpents, Oiseaux et Poissons pensèrent alors qu’Hop avait eu une attaque.

Se retournant brusquement, Hop sourit de toutes ses dents :

« J’ai trouvé ! dit-il à ses camarades »

 

Le septième matin, Hop revenait dans la forêt, une longue chaîne de carottes derrière son dos.

« C’est pour nous les carottes ! C’est pour nous les carottes ! criait-il. »

Le clan Lapin sortit.

Le clan Ecureuil suivit.

Le clan Taupe aussi.

Le clan Serpent fut ravi.

Le clan Oiseaux lui aussi.

Le clan Poissons se réjouit.

Et les Humains, qu’ont-ils dits ?

« Les Lapins volent nos carottes ou y plantent leurs quenottes ! »

 

Les Lapins eux furent heureux :

les carottes rendent forts

les carottes rendent beaux

les carottes rendent intelligents

les carottes rendent aimables.

Au final les carottes, représentent bien ce que sont les Lapins !

@copyrightClementineFerry