[SPECIAL HALLOWEEN] Tête de citrouille!

[SPECIAL HALLOWEEN] Tête de citrouille!

Un petit conte pour Halloween 2015!

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Vous pensez tout savoir sur la fête d’Halloween, mais vous vous trompez !

Car vous ne connaissez pas l’histoire de Tad O’Maley, ce petit garçon de neuf ans qui changea à jamais la nuit du 31 octobre…

Tout commença en 1845, en Irlande pendant An Gorta Mó, la Grande Famine.

Dans le Nord, s’étend la province de l’Ulster. Et dans le comté de Donegal il y a la ville de Dungloe. A l’époque, Dungloe n’était encore qu’un village. Dominée par les landes et les tourbières, la région était durement frappée par la famine et les habitants mourraient de faim.

C’est dans ce village d’à peine cent âmes que vivait le petit Tad O’Maley. Orphelin de mère, il vivait avec son père le bûcheron et ses sœurs jumelles. La famille n’était pas la plus pauvre, mais on n’aimait pas beaucoup les O’Maley.

La mère avait été la meilleure guérisseuse du comté, mais on racontait que la folie l’avait emportée alors qu’une simple fièvre avait eu raison d’elle. Quant au petit Tad, une particularité physique effrayait tout le village : ses yeux vairons ! De plus, ses étranges habitudes alimentaires finissaient par éloigner tout le monde de la famille.

Tad O’Maley mangeait à tous les repas courges, courgettes, potirons, potimarrons, citrouilles ou butternut.

En salade, en soupe !

Froid ou chaud !

Cuits ou crus !

Farcis ou nature !

Salés ou sucrés !

Dehors ou dedans !

En hiver, comme en été !

À cause de ça et malheureusement pour lui, ses camarades l’avaient surnommé « Tête de Citrouille ».

Ses sœurs Barran et Moira se battaient contre les autres enfants pour défendre leur petit frère. Souvent, elles rentraient chez elles avec une punition du maître qui les surprenait en train de cogner sur leurs camarades. Crevan le bûcheron n’avait jamais réprimandé ses filles, car le pauvre Tad était un enfant travailleur et valeureux qui ne méritait pas les brimades de ses camarades.

Mais tout cela, c’était avant An Gorta Mó. Car quand la nourriture vint à manquer, les O’Maley furent aussi touchés que les autres. Seulement, si chacun se serrait les coudes, personne ne faisait attention à eux.

Bientôt, Barran tomba malade et lorsqu’elle perdit la vie, Moira se laissa mourir de chagrin. Il ne resta plus que Crevan, fatigué et le petit Tad que plus personne ne défendait.

Chaque jour, Tad O’Maley rentrait de l’école avec des bleus et des blessures. Alors son père décida qu’il n’irait plus à l’école et chercherait dans la nature de quoi survivre avant que la famine ne s’achève enfin.

*

Le matin du 31 octobre 1848, Tad déambulait dans la forêt comme tous les jours pour espérer de quoi nourrir son père. Depuis plusieurs semaines maintenant, le petit garçon souffrait d’une terrible toux le contraignant à se taire, mais pour rien au monde il n’aurait laissé son père mourir de faim.

O’Maley avait deux champignons serrés contre son cœur, à l’intérieur de son manteau rapiécé. Il suivait depuis quelque temps les traces d’un lièvre sur lequel il voulait mettre la main et espérer ainsi tenir plusieurs jours. Mais son attention fut soudain détournée par une danse de feu follet, à l’entrée du cimetière.

L’endroit ne dérangeait pas le garçon qui depuis la mort de ses sœurs, il y avait plus d’un an maintenant, venait régulièrement leur rendre visite. Il fleurissait avec soin leurs tombes, les seules qui restaient encore présentables, car chacun pensait à remplir son assiette plutôt qu’à honorer ses morts.

Le jeune O’Maley suivit les feux follets au cœur du cimetière. Là, il observa leur folle danse autour des tombes, fasciné par leurs jeux de lumière.

Quand il se retrouva seul, Tad en profita pour rendre visite à ses sœurs, avant de continuer ses recherches de nourriture. Mais en se relevant, il se rendit compte que ses pieds étaient presque gelés. Il eut du mal à se rendre auprès de Barran et Moira. Une bourrasque le poussa contre les pierres tombales. Une quinte de toux le prit ; si violente que son corps tremblait. Ses précieux champignons chutèrent.

Tad s’empressa de rechercher le précieux repas, mais la neige les avait déjà engloutis. Alors, le petit garçon pleura. Il pleura fort et longtemps ; ses larmes roulant sur les deux tombes de ses sœurs.

Soudain, collée contre la tombe de Moira, il aperçut une petite chose orange. Déblayant la neige autour, il mit la main sur le plus beau des trésors : une petite courge bien mûre ! La cucurbitacée lui redonna du courage. Il croqua à pleine dent dans le légume juteux et étrangement chaud.

Mais vous vous doutez bien que ce serait beaucoup trop facile et surtout beaucoup trop beau pour Tad O’Maley…

Car à nouveau l’enfant fut pris d’une quinte de toux.

Et une terrible chose arriva.

Tad s’étouffa avec un pépin de citrouille. Un tout petit pépin qu’il aurait avant bien vite digéré. Mais An Gorta Mó en avait décidé autrement…

Devant les tombes de Berran et Moira, Tad tenta vainement de déloger le pépin coincé au fond de sa gorge. Il toussa, cracha, avala de la neige, mais rien n’y fut.

Alors, Tad O’Maley, neuf ans, s’éteignit.

Il se passa alors une chose tout à fait incroyable.

Dans un brouhaha qui fit trembler la terre, une cohorte de courges, courgettes, potirons, potimarrons, citrouilles et butternut pénétrèrent dans le cimetière. Roulant sous le corps de Tad, ils l’emportèrent dans la forêt, guidés par une farandole de feux follets.

Le soir, ce même jour du 31 octobre 1848, Crevan pleura la mort de son dernier enfant.

Alors que chacun préparait bougies et offrandes pour le 1er novembre, le village fut soudain illuminé de grands feux. L’on vit rouler des courges et citrouilles devant chaque maison. Des corbeaux se postèrent sur les cheminés et dans un grand fracas, Tête de Citrouille pénétra dans le village.

Tad O’Maley arborait fièrement une grosse citrouille à la place de la tête. Ses jambes maintenant longues comme des échasses craquaient à chaque pas. Crevan reconnut son fils aux yeux vairons qui fixaient les habitants d’un regard amusé.

Autour de lui les enfants couraient en criant. Tête de Citrouille lançaient courgettes et courges, potirons et potimarrons aux habitants en éclatant d’un faux rire sinistre. On se pressait pour récolter les précieux légumes.

Poussant des « booo ! » et des « argh !!! », il se précipitait auprès des enfants.

Tad « Tête de Citrouille » O’Maley ne s’était jamais autant amusé. Comme ils avaient peur de lui, ces enfants qui le battaient avant ! Mais ils revenaient vers lui, mi- effrayés mi- amusés.

Quand il quitta le village ce soir-là après la nuit la plus festive depuis plusieurs années, les enfants semblaient tristes de son départ et les adultes étaient redevenus des enfants.

En allant se coucher, chacun trouva sur son oreiller un petit pépin de citrouille doré qui donna de beaux légumes.

Et le village fut sauvé !

Pauvre Tête de Citrouille qui s’en retourna vivre caché dans le cimetière !

Mais le petit O’Maley fut bien surpris l’année d’après, car enfants et parents en redemandaient. Tad se creusa la tête, car il fallait trouver de nouvelles idées pour faire oublier aux villageois leurs difficiles conditions de vie.

Une cohorte de squelettes ?

Une araignée géante ?

Ou peut-être des chauves-souris avides de sang frais?

Non. Une tête coupée ?

Ou un pied arraché ?

Tête de Citrouille était en ébullition : il y avait tellement de choses à inventer…

Un zombie n’est plus rien

Un zombie n’est plus rien

C’est Halloween ce soir, alors voici le conte 2014

Bloody Lane était désertique.

Le quartier s’était peu à peu vidé de ses habitants. Certains avaient fui, mais d’autres restaient étendus sans vie sur les trottoirs ou les toits des voitures.

On entendait les feuilles glisser sur le pavé. Un bruit habituellement imperceptible devenu beaucoup trop bruyant pour les oreilles fragiles d’Emilio. Rôdant autour des maisons vides, le jeune homme reniflait l’air à la recherche de quelque chose.

Ou plutôt quelqu’un…

Car toutes les maisons n’étaient pas vides. Dans l’une d’entre elles, une riche demeure maintenant lourdement barricadée, vivait la famille Bones. Et dans cette famille, il y avait Camille, la fille aînée. Par la fenêtre de sa chambre, lorsque ses parents ne regardaient pas, Camille observait Emilio traîner ses jambes en grognant. Elle savait qu’il la cherchait.

Elle se souvint alors de ses origamis qu’il lui glissait en secret pendant les cours. Toujours habilement pliés et complexes. Elle les gardait dans le tiroir de sa table de chevet. Parfois, elle les sortait pour les faire défiler une à une devant la fenêtre. Alors Emilio s’arrêtait et Camille l’avait déjà vu sourire.

De son côté, Emilio se souvenait vaguement de son ancienne vie, mais quand il voyait Camille à sa fenêtre, il était alors persuadé de ne pas avoir toujours été ainsi. Dans ces moments-là, il aurait voulu lui dire qu’il avait été amoureux d’elle. Tous les jours, même quand il arrachait la tête d’un pigeon ou plongeait ses mains dans le ventre d’un chien errant, il se forçait à garder en mémoire cette jeune fille.

Il avait été bête, terriblement bête, de ne pas s’être caché dans la demeure de la famille Bones le jour où le quartier avait été contaminé. Mais il avait voulu sauver sa voisine, la vieille mademoiselle Crush. Il s’était fait mordre au moment où Camille refermait la porte de sa maison derrière elle, implorant son père de l’aider.

Emilio avait perdu la vie. La vieille Crush aussi.

Maintenant, il était condamné à devenir une Chose dénuée de sentiments, de souvenirs et de dignité. Cela faisait deux semaines maintenant et sa mémoire lui échappait. Alors quand Camille lui montrait ses origamis, il savourait avec plaisir les dernières miettes d’humanité qui lui restait.

Un jour, Camille avait fait monter sa mère pour lui montrer les réactions d’Emilio.

« Je crois qu’il sait toujours qui je suis. Il m’aime bien, avait-elle dit dans un sourire presque forcé.

– Un zombie ne se souvient de rien. Il n’aime rien. Il n’est plus rien, Camille ! avait déclaré sa mère froidement, fermant brusquement les rideaux de la chambre ».

Depuis ce jour, Camille n’adressait plus la parole à sa mère.

*

Camille avait immédiatement été fascinée par le nouveau comportement de ses anciens voisins. Elle prenait des notes dans un carnet déjà bien griffonné. Même son père, biochimiste émérite, avait laissé tomber. Mais la jeune fille voulait comprendre. Elle pensait que quelque part en eux, existaient encore des « particules d’humanité » comme elle les appelait.

Son principal sujet restait Emilio, son ami et voisin de cours pendant trois ans. Il faisait partie de sa bande tout comme sa meilleure amie Lucie, le terrible Antonin et son jumeau Pablo.

Elle l’avait déjà vu dévorer un écureuil juste sous sa fenêtre. Fermant  les yeux, elle s’était souvenue du gâteau d’anniversaire qu’il lui avait cuisiné pour ses seize ans. Elle avait souri et en rouvrant les yeux, Emilio la regardait, la tête penchée sur le côté, du sang barbouillant son menton et ses joues.

Dans ces moments-là, elle voulait pleurer et ne plus jamais le regarder.

Dans ces moments-là, il la dégoûtait, mais elle oubliait ce qu’il était devenu et ressortait ses origamis, juste pour le voir sourire

*

Emilio voulait quitter Bloody Lane. Mais avant, il devait dire adieu à Camille.

Il avait tout prévu. Même un nouvel origami, de travers, mal plié et tâché de sang, mais un origami quand même.

Oui, Emilio avait tout prévu, sauf peut-être une chose…

Alors que la famille Bones pensait finir ses jours barricadée dans leur immense demeure, un énorme 4×4 fit son entrée dans Bloody Lane avec à son bord la tante de Camille, sœur de sa mère.

Fonçant à toute allure dans la rue, le bolide écrasa une dizaine de zombies, répandant une affreuse bouillie sur les trottoirs. Tout en klaxonnant comme une furie, la tante de Camille ouvrit sa fenêtre et hurla à la famille de sortir.

Au moment où les Bones quittèrent leur cachette, Emilio lui, appliquant son plan bien rôdé, se traîna jusqu’au portail, son origami au creux de sa paume ensanglantée.

Oui Emilio avait tout prévu, sauf de se faire percuter par le 4×4.

Tout prévu, sauf peut-être Camille qui sortit au même moment et vit son ami coupé en deux par sa tante en furie.

Alors que tout le monde grimpait dans la voiture, Camille resta figée. Elle vit l’origami déchiqueté à côté du corps d’Emilio en aussi mauvais état. Elle voyait ses paupières bouger et entendait son souffle rauque.

Camille regarda Emilio dans le blanc des yeux et à ce moment-là, elle sut.

Elle sut que jusqu’à maintenant, il se souvenait d’elle. En prenant l’origami dans ses mains, Camille se demanda pourquoi elle ne lui avait jamais dit être amoureuse de lui.

Alors la jeune fille se baissa près de son ami, près de son visage ; encore plus près, jusqu’à poser sa bouche contre l’une de ses oreilles. Malgré les hurlements hystériques de sa mère, elle murmura ceci à l’oreille d’Emilio :

« Moi aussi, Emilio, j’étais amoureuse de toi. »

Lorsque le jeune homme s’éteint, un sourire sur les lèvres, Camille Bones se jura de savourer pleinement la vie.

(@)ClémentineFerry

Epique Halloween

Epique Halloween

Cette année c’est ma coéquipière pour le projet Mystérieuses Lucioles qui m’a inspirée pour mon conte d’Halloween.

Lullaby était coincée.

Coincée dans un monde si laid, qu’elle n’osait pas le regarder. Un monde pailleté et coloré où l’on sautait sur des nuages en mousse.

Comme Heimdall, Lullaby était une gardienne ; la Gardienne du passage vers le Monde des Cauchemars.

Ce soir, nous étions le 31 octobre, la nuit d’Halloween ; tous les monstres terrestres viendraient faire la fête au pays des Cauchemars.

Lullaby était coincée. Coincée… au Pays des Rêves !

*

Qu’avait-elle fait ?! Une belle bêtise ! Mais pourquoi diable s’était-elle laissée aller à rêver ? Hum… quelle idée !

Maintenant, il était temps de prendre les choses en main et de sortir de ce Pays nauséabond.

Elle osa relever la tête. Un énorme ballon rouge lui arriva sur le visage qu’elle s’empressa d’enfouir dans ses mains. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, un petit humain lui faisait face à quelques mètres. Par des gestes, il lui demanda de lui renvoyer l’objet. Elle découvrit une rangée de dents tranchantes, mais l’enfant lui sourit. Quel petit effronté ! Quelle grossièreté ! Quelle regrettable erreur de la part de ce porcinet !

Lullaby contourna fièrement le ballon en fixant le petit humain de ses yeux jaunes vénéneux. L’enfant n’y prêta pas attention et vint récupérer seul son jouet. Lullaby sentit la colère monter en elle. L’incompréhension aussi. Mais quel est donc cet endroit où on ne respecte pas les Monstres ?

La Gardienne n’eut pas d’autre choix que de visiter ce pays afin d’en trouver la sortie. A force de tourner et de chercher, on finit par la remarquer. On voulut jouer avec elle, parler avec elle et toucher son visage étrange. Morsures, griffures, coups de tête : rien n’y faisait ; on venait toujours vers elle  et personne n’avait peur ! « Diable quelle horreur ! pensa Lullaby en frissonnant. Si un jour je croise Satan, je lui parlerai de cet endroit dément. »

En traversant un parc à la pelouse rose cochon, elle entendit sonner six heures. La nuit commençait à tomber et les « gens » rentrait quelque part qui devait être chez eux. Elle se dit que la nuit serait plus tranquille et que personne ne viendrait la déranger dans ses recherches. Quelle naïveté, Lullaby !

A peine le Soleil s’était-il couché, qu’une cohorte d’anges poupons et de fées élégantes envahirent les lieux. Horrifiée, Lullaby se cacha derrière un arbre, espérant ne pas se faire repérer. Mais un ange blond, sans doute plus intelligent que les autres, vint la déloger. Avec sa trompette en or, il lui susurra une horrible berceuse qui fit couler des pétales de rose d’on ne sait où. Lullaby hurla. Elle courut, courut poursuivie par l’infâme ange poupon au sourire figé comme un clown de cirque.

Quand elle se retournait, la Gardienne le voyait voleter dans le ciel sans nuages, sans pluie et sans fantômes. Soudain, elle se retourna comme une furie et arrêta l’ange, le pointant du doigt avec un ongle pourri :

« Mon cher ami, tu me saoule, je préfère le murmure des Goules ! Aujourd’hui c’est Halloween, pas de place pour le spleen ! »

Alors, avec une révérence bien basse, l’ange poupon s’en alla avec sa berceuse enfantine.

*

Lullaby était enfin seule. Elle pouvait terminer son exploration. Mais où diable était donc la sortie ? Après le parc, elle dépassa des endroits étranges où de petites humaines montaient des licornes colorées. Où de petits humains se battaient avec des hommes en capes. On souriait. On se tapait dans le dos. On s’embrassait. On se cajolait. On riait. On…

Stop !!

Lullaby s’allongea sur le sol. La tête lui tournait et elle avait envie de vomir. De nouveau, elle entendit sonner l’horloge. Il était huit heures. Dans deux heures, la soirée d’Halloween débuterait et si elle n’était pas à son poste, Lullaby serait rayer du monde des Cauchemars. Où irait-elle ? Avec qui partagerait-elle ses journées ? Plus de vampires ni de fantômes. Ni mêmes les fées noires un brin maniérées, mais si délicieusement belliqueuses. Oui, où irait-elle si…

« Oh que Jack O’Lantern me vienne à l’aide !! Vais-je donc finir dans ce maudit pays ?! »

Mais oui, ça serait sans doute sa punition pour avoir déserter son poste !

Lullaby se redressa immédiatement. Elle prit son courage à deux mains, bien qu’il ne lui en restait qu’une, et fonça comme une furie à travers le Pays des Rêves. Tout en marchant, cherchant, fouinant, cassant, elle se répétait sans cesse :

« Vite, vite, faites que je trouve la sortie ! Vite, vite, je veux revoir mon pays ! »

A force de souhaiter, à force de (oui disons-le !) rêver de rejoindre sa patrie, à force de rêver si fort, tout le Pays des Rêves s’arrêta de tourner et devant elle apparut la porte tant désirée.

A bout de souffle, Lullaby poussa le lourd portail et fut aspirée par un tourbillon de nuages roses cochon.

*

La boue amortit sa chute. Elle se trouvait dans un marais puant.

Des chouettes hululaient. Le Soleil s’était couché depuis bien longtemps et une belle Lune blanche brillait.

Lullaby huma l’air avec délice : elle était chez elle !

Elle apercevait le pont suspendu dans les airs menant au Pays des Cauchemars. Elle voyait sa petite lanterne biscornue dont la lumière venait d’une centaine de lucioles, ses compagnes de nuit.

La Gardienne se releva aussi vite que possible malgré la boue qui collait à ses vêtements. Déjà, elle entendait le brouhaha des monstres qui se dirigeaient vers le pont. Elle trébucha. Vite, elle devait être prêt quand le premier monstre montrerait sa tête. Arrivée au début de la passerelle, elle nettoya ses pieds et s’avança. Quel plaisir de se retrouver ici, suspendue au-dessus du marais où les crapauds bluffe déployaient leur gorge humide !

Comme elle le faisait chaque nuit d’Halloween, elle appela ses camarades araignées pour qu’elles prennent place dans la vieille harpe tordue et jouent l’air d’entrée : la Marche des Monstres ; un classique.

Lullaby enleva la boue de ses vêtements puis les lissa avec précaution. Enfin, elle leva les yeux.

Face à elle, vampires, goules, loups garous, fées et elfes noirs, fantômes et dames blanches, s’avançaient joyeusement vers le pont. Fière, la Gardienne se redressa, prête à les accueillir. En soupirant, elle se dit : « N’est-ce pas le plus beau pays ? Le pays le plus merveilleux où tous les monstres sont heureux ! »

021-Dans-la-brume

Mais soudain, levant les yeux au ciel elle sourit.

Car oui, n’est-ce pas grâce au Pays des Rêves que Lullaby est ici ? Ce pays si laid, pailleté et coloré où l’on saute sur des nuages en mousse…

JOYEUX HALLOWEEN!!