[CONTE D’HALLOWEEN 2019] La potion d’Astrid Mandragore

Et voici mon petit conte d’Halloween pour 2019, inspiré d’une illustration de la très talentueuse Laure Soulé

Bonne lecture!

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Pour valider sa dernière année d’école de magie, Astrid Mandragore devait, comme tous les autres chats de sa promotion, passer un ultime test le jour de la fête d’Halloween : la réalisation d’une potion magique ; la plus parfaite qu’il soit.

Mais Astrid avait un petit problème.

La jeune apprentie magicienne était pleine de curiosité et d’imagination, mais pas très douée dans la réalisation de sort. De plus, sa fourrure, toujours touffue et emmêlée devait constamment être peignée, même en classe. Sa couleur grise comme la cendre n’arrangeait rien et elle voyait bien les regards que les autres élèves lui lançaient. Sans méchanceté bien sûr, mais elle avait bien compris sa différence.

Dernière de sa promotion, elle ne pensait pas réussir cette ultime épreuve, elle qui avait passé in extremis ses deux premières années. Sa grand-mère, Albertine Mandragore avait un jour été la directrice de la prestigieuse école Ronron et sa petite-fille voulait suivre l’exemple de son aïeule que tous les étudiants lui mentionnaient sans arrêt.

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Le soir d’Halloween, on convia les apprentis magiciens de dernière année dans le grand parc. Tous les autres élèves étaient réunis pour l’occasion ; pour voir réussir leurs aînés et ainsi marcher dans leurs pas.

Astrid portait son plus beau chapeau ; son chapeau de fête préparé pour l’occasion. Avec sa meilleure amie, Jacinthe, elles vérifièrent consciencieusement que toutes leurs affaires étaient sur elles: sacoche pour les herbes ramassées, lanterne, chaudron miniature pour mélanger la mixture et bien sûr leur baguette magique.

La soirée était particulièrement humide avec un vent mordant qui tourbillonnait tout autour du grand manoir Ronron. Heureusement pour elle, la jeune magicienne portait un joli manteau d’hiver offert par sa grand-mère. Elle espérait qu’il lui porterait chance pendant l’épreuve…

La directrice de l’école, Pimprenelle Chanteclair, donna ses directives : il fallait être rentré pour minuit, heure à laquelle la fête d’Halloween débuterait et réaliser sa potion au cœur même de la forêt sans demander d’aide. Des corbeaux veilleraient à la bonne tenue de l’examen. Astrid et Jacinthe s’étaient promis de trouver un moyen d’aider l’autre si jamais un problème survenait et la jeune chatte ne comptait pas déroger à son pacte.

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L’épreuve avait commencé depuis une quinzaine de minutes lorsque les professeurs lancèrent un sort pour mettre en difficulté leurs élèves. Le froid s’aggrava en quelques instants avec de violentes bourrasques qui faisaient vaciller les participants. Certaines mains se raidirent ; des nez se congelaient et des perles de glace se formaient dans les poils des jeunes chats.

Astrid et Jacinthe marchaient contre le vent, en marche arrière donc, pour espérer contrer ces effets. Mais ramasser des plantes en marche arrière n’est pas si facile que ça ! Pourtant, les deux jeunes chattes s’en sortaient plutôt bien.

Jusqu’à ce que Jacinthe tombe sur une magnifique branche de gui…

L’apprentie magicienne se retourna. Le vent s’engouffra dans sa fourrure et sous son chapeau pointu. Elle avait oublié de se couvrir et des stalactites poussèrent immédiatement sur ses oreilles. Jacinthe frissonnait, incapable de bouger.

Dans son douillet manteau et avec son indomptable fourrure, Astrid, elle, ne sentait pas le froid. Elle se précipita pour récupérer la branche de gui puis égrena les boules dans la sacoche de son amie.

Tout autour d’elle, les autres élèves avaient le même problème : piégés par la tempête invoquée par les professeurs.

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Alors Astrid Mandragore eut une idée.

Dans sa sacoche, elle ramassa le plus de plantes possible alors que le vent la poussait de droite et de gauche. Elle prit les chaudrons de tous les participants, les réunit au centre de la forêt alors que les corbeaux tournoyaient au-dessus d’elle en croassant violemment. Elle mélangea toutes ses herbes dans les chaudrons, maîtrisa un superbe feu et fit chauffer sa décoction.

Elle aligna toutes les lanternes autour de sa préparation et quand de la fumée s’éleva des dizaines de chaudrons, Astrid sortit sa baguette magique, taillée dans une branche d’aubépine.

La jeune chatte respira lentement, ferma les yeux et récita la formule magique.

Oh une formule magique, bien simple, utilisée par sa grand-mère quand on avait un bon gros rhume dans la famille ! Une formule magique qui transforma la décoction d’Astrid en une incroyable potion contre le froid.

Le liquide de chaque chaudron s’éleva en colonne au-dessus de la forêt pour retomber sur les participants, chassant le froid mordant et le vent violent. Dans le parc du manoir, les professeurs et les autres élèves furent projetés à terre.

Quant aux dernières années, ils reprirent leurs couleurs, leurs sensations et leurs activités. Mais Astrid fut immédiatement encadrée par les corbeaux espions qui la menèrent aux professeurs, malgré les protestations de Jacinthe.

Alors qu’elle traversait la forêt, tous les élèves de dernière année s’arrêtèrent pour la regarder passer. Un par un, ils retirèrent leur chapeau et s’inclinèrent devant Astrid Mandragore et sa fourrure en bataille.

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Ce serait un mensonge de dire qu’Astrid ne fut pas punie, mais la jeune chatte ne fut pas disqualifiée.

Non.

Car un bon magicien sait préparer toutes sortes de potions, y compris des toutes simples contre le froid ! Mais ce que les professeurs retinrent surtout c’est la force avec laquelle la jeune Astrid avait repoussé la tempête qu’ils avaient invoquée, car pour ce faire il fallait avoir de puissants pouvoirs…

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Le soir, juste après le grand bal d’Halloween, Pimprenelle Chanteclair convia la jeune chatte dans son bureau. Et devant son grand miroir magique, la directrice lui demanda de bien se regarder: Astrid n’était-elle pas la digne héritière d’Albertine Mandragore ?

[HISTOIRE HALLOWEEN 1] Balais ou baguette?

Vous allez voir cette année, c’est incroyable: deux histoires d’Halloween ont germé dans ma petite tête! Et voici donc le premier texte. ^_^

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Pétronille Pumpklair était une sorcière particulière.

Pratiquant à la fois la sorcellerie et la magie, Pétronille portait chapeau et bottes pointues, assortis d’une robe claire à paillettes et d’une paire de lunettes jaune très voyantes.

 

Pétronille Pumpklair partageait sa vie entre une école de Sorcières et… une école de Fées ! Mais chut, c’était un secret…

*

Âgée de tout juste dix ans, Pétronille allait passer son examen de Sorcière lui permettant ensuite de choisir son activité définitive.

Dans le même temps, elle passerait aussi son examen de Sée lui permettant ensuite de choisir son activité définitive.

En pensant à ces deux futures activités qu’elle ne saurait sûrement pas cacher, Mademoiselle Pumpklair ne vit pas ses tartines tournoyer ! Mais son chat Asperge lui, n’avait d’yeux que pour le beurre tout juste fondu qui goûtait sur la table.

« Enfin Pétronille, réagis ! Ne sois pas toujours dans la lune ! s’écria sa mère en rentrant dans la cuisine. »

 

Ah, la mère de Pétronille…

Mathilda Pumpklair était la… directrice de la plus réputée des écoles de Sorcières ; celle que fréquentait sa fille, bien sûr. Grande Invocatrice, puissante Nécromancienne et Divine Oracle, il serait bien difficile d’arriver à la cheville de Mathilda.

« Mais laisse-la un peu tranquille. Il faut qu’elle travaille son imagination ! rétorqua sa tante. »

 

Ah, la tante de Pétronille…

Anabeth Pumpklair état la… directrice de la plus réputée des écoles de Fées ; celle que fréquentait sa nièce, bien sûr. Grande Sorceleuse, puissante Guérisseuse et Divine Prophétesse, il serait bien difficile d’arriver à la cheville d’Anabeth.

Pétronille soupira et les tartines vinrent se poser à côté de son bol de chocolat. Du matin au soir et du lundi au dimanche, Mathilda et Anabeth se disputaient sans cesse. C’est en partie à cause de leurs chamailleries qu’elles n’avaient jamais découvert le secret de Pétronille. En se disputant ainsi, elles ne se mêlaient pas de ses affaires, mais en même temps Pétronille aurait préféré que sa mère et sa tante s’entendent mieux.

 

La petite sorcière avait un jour mis le débat sur la table : quelle était la réelle différence entre une Sorcière et une Fée ? Que n’avait-elle pas demandé ! À coups de « Mensonges ! » et « Balivernes ! » ou encore « Tête de mule ! » et « Crotte de Licorne ! », Mathilda et Anabeth avaient eu la plus grosse dispute de leur vie. Pétronille s’était réfugiée dans sa chambre avec Asperge.

La petite n’était pas spécialement douée pour telle ou telle activité. Elle ratait souvent ses potions, se trompait dans les formules magiques ou encore ne tenait pas correctement sa baguette. Mais Pétronille avait un don très spécial : celui justement de passer facilement d’un monde à l’autre. Elle savait parfaitement quand faire appel à la sorcellerie et quand faire appel à la magie. Et ça, personne d’autre dans le royaume n’en était capable.

*

Le jour de ses examens approchant, Pétronille Pumpklair était dans un état d’anxiété permanent. Elle parlait très peu et à la cantine, elle se mettait à l’écart pour réviser.

Dans son école (enfin ses écoles !), elle était plutôt populaire, car toujours prête à aider les autres, mais aussi à faire le clown. On aimait son âme d’aventurière et elle était très douée pour raconter les histoires. Chaque année pour Halloween, tout le monde venait écouter les horreurs qu’elle savait inventer.

Ses meilleures amies, Gladys et Morticia ainsi qu’Estralla et Primerose ne la reconnaissaient plus.

 

La soirée d’Halloween de l’année serait pour le moins étonnante…

*

Le soir du 31 octobre, chaque établissement avait été décoré selon les principes mêmes des Sorcières ou ceux des Fées. Pétronille était en panique ! Elle avait tout calculé pour passer son examen de Sorcière en premier puis celui de Fée, mais elle avait peur d’arriver en retard et d’être obligée de s’expliquer.

 

Avant le début des examens, les principales avaient laissé libres leurs élèves dans les belles cours scintillantes de lumières pour l’occasion. C’est dans ses conditions de fête et d’amusement que Pétronille fut témoin d’une incroyable scène.

 

Tout d’abord, pour bien comprendre, les deux écoles se touchent, séparées uniquement par une grande haie de roses multicolores. Une haie dans laquelle il était très facile de se glisser et ça Pétronille le savait puisqu’elle y passait plusieurs fois par jour !

Seulement aujourd’hui, en ce jour sacré d’Halloween, il y avait tellement de monde qu’on ne regardait pas ce que faisaient les autres. Les autres en l’occurrence, c’étaient les apprenties Sorcières Gladys et Morticia, et les apprenties Fées Estralla et Primerose, les meilleures amies de Pétronille.

La jeune apprentie, qui ne voulait pas jouer et restait prostrée sur un banc, rongée par l’anxiété, vit soudain ses deux amies Sorcières se glisser au milieu de la haie, bientôt rejointes par Estralla et Primerose. Après avoir vérifié que personne ne les avait vues, elles papotèrent gaiement.

 

Pétronille se figea.

Et par la même occasion, figea aussi toute la scène ! Elle se rendit vers la haie de roses au ralenti.

Dans chaque petit recoin où l’on pouvait se glisser sans être vu, Sorcières et Fées se cachaient pour rire ensemble et échanger leurs idées sur les examens à venir.

Des larmes coulèrent le long des joues de Pétronille. Vous pensez à des larmes noires ? Bien sûr que non ! Des larmes roses alors ? Évidemment pas ! Mais où allez-vous chercher tout ça !

 

Non. Juste des larmes de petite fille. Car Pétronille venait de comprendre pourquoi sa mère et sa tante n’avaient jamais répondu à sa grande question : évidemment, Sorcières et Fées étaient pareilles !

 

La scène soudain se défigea.

Après avoir respiré une bonne bouffée d’air automnale, Pétronille passa rapidement sa main sur ses yeux. Elle retroussa sa robe et fit claquer ses bottines sur le sol. La jeune apprentie se plaça alors devant le grand bouleau trônant au milieu de l’école des Sorcières. De l’autre côté de la haie, un magnifique sureau, exactement de la même taille, se tenait exactement à la même place.

Posant ses mains sur le tronc de l’arbre, Pétronille inspira profondément et commença une incantation. Une incantation très étrange ; une incantation strictement interdite et bannie des deux écoles, mêlant langage des Sorcières et langage des Fées.

Elle ne vit pas sa mère, Mathilda, arrivée en courant, tout échevelée, lui criant d’arrêter immédiatement.

Ni sa tante, Anabeth, alertée par sa sœur, traversant la haie et surprenant par la même les amitiés interdites.

Ni les élèves qui se cachaient ou restaient à l’observer, droits comme des I.

 

Une énorme racine du bouleau sortit de terre.

Une énorme racine du sureau fit de même.

La haie fleurie, sur leur passage se rompit. Sorcières et Fées se faisaient maintenant face.

Et entre les deux arbres naquit, une gigantesque arche en bois de bouleau-sureau sur laquelle poussèrent instantanément d’énormes roses multicolores.

 

Quand Pétronille rouvrit les yeux, elle faillit s’évanouir tant elle avait été vidée de ses pouvoirs. Elle se tourna vers l’assemblée qui la dévisageait en silence. Mais Pétronille souriait de toutes ses dents. Elle souriait si fort que ses lunettes vinrent se poser sur sa tête !

Car devant elle tout changeait :

Sur les cheveux des petites Sorcières et petits Sorciers apparut une mèche pailletée.

Aur les cheveux des petites Fées et petits Fés apparut une mèche noircie.

*

Depuis ce jour, vous vous en doutez, il n’y a plus d’école de Sorcières ni d’école de Fées ; juste une grande école de magie, pour tous ceux qui veulent la pratiquer !

 

À ce qu’il paraît – enfin c’est ce qu’on m’a dit – elle accueille même cette année une colonie de souris !