[HISTOIRE] La Princesse qui ne voulait pas être sauvée!

[HISTOIRE] La Princesse qui ne voulait pas être sauvée!

Des fois, il y a des petites histoires comme ça qui arrivent et le mieux c’est de les coucher sur papier pour continuer à travailler son écriture. Amusez-vous bien! ^_^

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Il était une fois, une Princesse.

Oui alors ça vous l’avez déjà lu. Des MILLIERS de fois même ! Mais laissez-moi poursuivre…

Il était une fois, une Princesse (donc !) qui s’appelait Blanche-Marie. Elle était enfermée… non gardée… heu ? Prisonnière ? Peu importe, passons…

Blanche-Marie vivait dans une tour (elle dirait une tourelle, mais c’est à peu près pareil…).

Dans une tour donc, avec un Dragon. Un Dragon qu’elle avait prénommé Jupiter. C’était une énorme bête dont la tête touchait presque le toit. Il pouvait à peine bouger sous peine de tout faire s’écrouler.

Jupiter portait autour du cou un étrange collier gravé de runes antiques. Elles brillaient d’un éclat maléfique et souvent, il tentait vainement de le retirer…

Dans le Royaume, le Roi (évidemment, c’est un Royaume…) avait annoncé que quiconque sauverait sa fille des griffes de l’abominable Dragon, se marierait avec elle et bla-bla-bla… comme d’habitude !

Donc, le Roi attendait qu’un preux chevalier libère sa fille adorée.

Des dizaines et dizaines (peut-être même des centaines ?) de chevaliers accoururent de tout le Royaume pour tenter leur chance. Mais il se passait toujours la même chose…

Le preux chevalier, bien équipé, plein de courage, acclamé par la foule, partait en direction de la tour infernale pour vaincre le Dragon et secourir Blanche-Marie. Il gravissait les mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf marches de la tour pour arriver dans la salle au trésor sur laquelle régnait en maître Jupiter.

Et là, plein de stupéfaction et tout stupéfait qu’il était, le courageux chevalier que rien n’ébranlait jamais, trouvait la princesse Blanche-Marie en train de :

  • Faire la lecture à Jupiter
  • Jouer avec Jupiter

Ou pire :

  • Faire des concours de rots avec Jupiter !

Ainsi, après avoir posé ses yeux sur ce spectacle, le splendide chevalier soit :

  • S’évanouissait
  • Partait en courant

Ou pire :

  • Se moquait !

Mais là était l’erreur fatale, car alors la Princesse Blanche-Marie braquait sur lui ses yeux vifs, brillants comme deux émeraudes polies et elle s’écriait :

« Jupiter !!! Brûlez cet insolent ! »

Ainsi le preux chevalier, bien équipé, plein de courage, acclamé par la foule, que rien n’ébranlait jamais, périssait bien malgré lui dans les flammes de Jupiter.

Fin de l’histoire…

Non !! Ne partez pas ! C’était une blague.

Donc.

Des dizaines de chevaliers disparurent ainsi dans la Tour au Dragon (ou la Tourelle de Blanche-Marie ? Peut-être la Terrible Tour de Blanche-Marie et Jupiter). Bref, oublions…

Car il allait sans dire que la Princesse Blanche-Marie ne voulait PAS être sauvée !

Ah voilà ! Maintenant vous restez. Vous êtes intrigués. Parfait ! Je n’ai pas fini…

TOUS les chevaliers avaient disparu.

Oui je sais : c’est AFFREUX !

Le Roi avait perdu espoir de revoir un jour sa Blanche-Marie bien-aimée. Jusqu’au jour où, Gaston (MOI ! C’est MOI ! Désolé…) fit son apparition.

Fils du tailleur de pierres, Gaston était…était… un bon garçon, pas très grand, pas très intelligent et pas très brillant. (c’est pas glorieux, mais c’est la vérité). Quand il partit pour secourir la Princesse Blanche-Marie, ce n’était pas un preux chevalier. Il n’était pas bien équipé. Personne ne l’acclama sur son chemin et il fut TRÈS, TRÈS ébranlé par l’énorme Jupiter.

Mais…

Gaston ne s’évanouit pas. Ne partit pas en courant. Et surtout, surtout, ne se moqua pas de Blanche-Marie et son Dragon.

La Princesse resta interdite devant ce garçon à la mine sale et au veston rapiécé. Gaston prit son courage (qu’il n’avait pas là, tout de suite…) à deux mains et inspecta nonchalamment (oui tout à fait) la gigantesque pièce.

Blanche-Marie l’observa en train d’observer et Jupiter ne le quitta pas des yeux (c’est comme observer, mais en plus méchant) ! Très vite, Gaston se rendit compte que Blanche-Marie n’était pas réellement prisonnière du Dragon. Dans un coin se trouvait un joli boudoir décoré avec goût ; dans un autre une belle cuisine où des mets délicats s’entassaient ; un mur entier était recouvert de livres à reliures dorées. Quelque chose clochait…

Soudain, la terre se mit à trembler.

Imperturbable, la Princesse Blanche-Marie continuait sa lecture, bien assise sur l’épaule de Jupiter. Le Dragon se grattait le cou avec frénésie, provoquant ces violents tremblements. Et c’est à ce moment-là que Gaston (toujours moi !) le vit.

Le collier de runes antiques brillant d’un éclat maléfique.

« Ma chère, votre Dragon semble dans état tout à fait déplaisant. Laissez-moi l’aider, dit Gaston en baissant bien bas la tête. »

À ces mots, Blanche-Marie ferma brusquement son livre. Ses yeux s’écarquillèrent et un large sourire fendit son doux visage.

« Procédez mon ami, répondit-elle avec grâce. »

Gaston grimpa sur le corps de Jupiter (bien pire que gravir mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf marches…). La Princesse chuchotait à l’oreille de son Dragon pour le calmer et par la même l’empêcher de dévorer le garçon…

Arrivé sur son épaule, Gaston sortit une longue pique en fer de sa sacoche provoquant une violente réaction chez le Dragon.

« Mon ami …

– Jupiter, chuchota Blanche-Marie à Gaston.

– Jupiter, mon ami, reprit Gaston un brin tremblant, je ne souhaite pas vous faire de mal. Laissez-moi juste regarder votre collier. »

Alors que Jupiter le fixait nerveusement, Gaston inséra sa pique entre le cou du Dragon et le collier de runes. Il poussa, tira de toute ses forces. Il y mit beaucoup de cœur et de volonté. Ruisselant de sueur, Gaston sortit finalement son burin et tapa sur le collier.

L’objet se brisa d’un seul coup, projetant les runes magiques (toujours brillant d’un éclat maléfique bien sûr…) qui se partirent en poussière une fois au sol.

L’énorme tour disparut soudain laissant place à un magnifique jardin verdoyant. Le Dragon s’élança dans les airs avec des bonds de joie, la Princesse Blanche-Marie toujours assise sur son épaule.

La suite, mes amis, n’est pas très compliquée.

J’eus l’immense honneur d’épouser la Princesse Blanche-Marie et Jupiter protège maintenant notre Royaume.

(Toussotements féminins)

Ah oui ! Ma douce amie ici à mes côtés, tenait aussi à vous rappeler, qu’une Princesse n’est pas toujours en danger : d’autres aussi parfois, on besoin d’être sauvé…

[SPECIAL HALLOWEEN] Tête de citrouille!

[SPECIAL HALLOWEEN] Tête de citrouille!

Un petit conte pour Halloween 2015!

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Vous pensez tout savoir sur la fête d’Halloween, mais vous vous trompez !

Car vous ne connaissez pas l’histoire de Tad O’Maley, ce petit garçon de neuf ans qui changea à jamais la nuit du 31 octobre…

Tout commença en 1845, en Irlande pendant An Gorta Mó, la Grande Famine.

Dans le Nord, s’étend la province de l’Ulster. Et dans le comté de Donegal il y a la ville de Dungloe. A l’époque, Dungloe n’était encore qu’un village. Dominée par les landes et les tourbières, la région était durement frappée par la famine et les habitants mourraient de faim.

C’est dans ce village d’à peine cent âmes que vivait le petit Tad O’Maley. Orphelin de mère, il vivait avec son père le bûcheron et ses sœurs jumelles. La famille n’était pas la plus pauvre, mais on n’aimait pas beaucoup les O’Maley.

La mère avait été la meilleure guérisseuse du comté, mais on racontait que la folie l’avait emportée alors qu’une simple fièvre avait eu raison d’elle. Quant au petit Tad, une particularité physique effrayait tout le village : ses yeux vairons ! De plus, ses étranges habitudes alimentaires finissaient par éloigner tout le monde de la famille.

Tad O’Maley mangeait à tous les repas courges, courgettes, potirons, potimarrons, citrouilles ou butternut.

En salade, en soupe !

Froid ou chaud !

Cuits ou crus !

Farcis ou nature !

Salés ou sucrés !

Dehors ou dedans !

En hiver, comme en été !

À cause de ça et malheureusement pour lui, ses camarades l’avaient surnommé « Tête de Citrouille ».

Ses sœurs Barran et Moira se battaient contre les autres enfants pour défendre leur petit frère. Souvent, elles rentraient chez elles avec une punition du maître qui les surprenait en train de cogner sur leurs camarades. Crevan le bûcheron n’avait jamais réprimandé ses filles, car le pauvre Tad était un enfant travailleur et valeureux qui ne méritait pas les brimades de ses camarades.

Mais tout cela, c’était avant An Gorta Mó. Car quand la nourriture vint à manquer, les O’Maley furent aussi touchés que les autres. Seulement, si chacun se serrait les coudes, personne ne faisait attention à eux.

Bientôt, Barran tomba malade et lorsqu’elle perdit la vie, Moira se laissa mourir de chagrin. Il ne resta plus que Crevan, fatigué et le petit Tad que plus personne ne défendait.

Chaque jour, Tad O’Maley rentrait de l’école avec des bleus et des blessures. Alors son père décida qu’il n’irait plus à l’école et chercherait dans la nature de quoi survivre avant que la famine ne s’achève enfin.

*

Le matin du 31 octobre 1848, Tad déambulait dans la forêt comme tous les jours pour espérer de quoi nourrir son père. Depuis plusieurs semaines maintenant, le petit garçon souffrait d’une terrible toux le contraignant à se taire, mais pour rien au monde il n’aurait laissé son père mourir de faim.

O’Maley avait deux champignons serrés contre son cœur, à l’intérieur de son manteau rapiécé. Il suivait depuis quelque temps les traces d’un lièvre sur lequel il voulait mettre la main et espérer ainsi tenir plusieurs jours. Mais son attention fut soudain détournée par une danse de feu follet, à l’entrée du cimetière.

L’endroit ne dérangeait pas le garçon qui depuis la mort de ses sœurs, il y avait plus d’un an maintenant, venait régulièrement leur rendre visite. Il fleurissait avec soin leurs tombes, les seules qui restaient encore présentables, car chacun pensait à remplir son assiette plutôt qu’à honorer ses morts.

Le jeune O’Maley suivit les feux follets au cœur du cimetière. Là, il observa leur folle danse autour des tombes, fasciné par leurs jeux de lumière.

Quand il se retrouva seul, Tad en profita pour rendre visite à ses sœurs, avant de continuer ses recherches de nourriture. Mais en se relevant, il se rendit compte que ses pieds étaient presque gelés. Il eut du mal à se rendre auprès de Barran et Moira. Une bourrasque le poussa contre les pierres tombales. Une quinte de toux le prit ; si violente que son corps tremblait. Ses précieux champignons chutèrent.

Tad s’empressa de rechercher le précieux repas, mais la neige les avait déjà engloutis. Alors, le petit garçon pleura. Il pleura fort et longtemps ; ses larmes roulant sur les deux tombes de ses sœurs.

Soudain, collée contre la tombe de Moira, il aperçut une petite chose orange. Déblayant la neige autour, il mit la main sur le plus beau des trésors : une petite courge bien mûre ! La cucurbitacée lui redonna du courage. Il croqua à pleine dent dans le légume juteux et étrangement chaud.

Mais vous vous doutez bien que ce serait beaucoup trop facile et surtout beaucoup trop beau pour Tad O’Maley…

Car à nouveau l’enfant fut pris d’une quinte de toux.

Et une terrible chose arriva.

Tad s’étouffa avec un pépin de citrouille. Un tout petit pépin qu’il aurait avant bien vite digéré. Mais An Gorta Mó en avait décidé autrement…

Devant les tombes de Berran et Moira, Tad tenta vainement de déloger le pépin coincé au fond de sa gorge. Il toussa, cracha, avala de la neige, mais rien n’y fut.

Alors, Tad O’Maley, neuf ans, s’éteignit.

Il se passa alors une chose tout à fait incroyable.

Dans un brouhaha qui fit trembler la terre, une cohorte de courges, courgettes, potirons, potimarrons, citrouilles et butternut pénétrèrent dans le cimetière. Roulant sous le corps de Tad, ils l’emportèrent dans la forêt, guidés par une farandole de feux follets.

Le soir, ce même jour du 31 octobre 1848, Crevan pleura la mort de son dernier enfant.

Alors que chacun préparait bougies et offrandes pour le 1er novembre, le village fut soudain illuminé de grands feux. L’on vit rouler des courges et citrouilles devant chaque maison. Des corbeaux se postèrent sur les cheminés et dans un grand fracas, Tête de Citrouille pénétra dans le village.

Tad O’Maley arborait fièrement une grosse citrouille à la place de la tête. Ses jambes maintenant longues comme des échasses craquaient à chaque pas. Crevan reconnut son fils aux yeux vairons qui fixaient les habitants d’un regard amusé.

Autour de lui les enfants couraient en criant. Tête de Citrouille lançaient courgettes et courges, potirons et potimarrons aux habitants en éclatant d’un faux rire sinistre. On se pressait pour récolter les précieux légumes.

Poussant des « booo ! » et des « argh !!! », il se précipitait auprès des enfants.

Tad « Tête de Citrouille » O’Maley ne s’était jamais autant amusé. Comme ils avaient peur de lui, ces enfants qui le battaient avant ! Mais ils revenaient vers lui, mi- effrayés mi- amusés.

Quand il quitta le village ce soir-là après la nuit la plus festive depuis plusieurs années, les enfants semblaient tristes de son départ et les adultes étaient redevenus des enfants.

En allant se coucher, chacun trouva sur son oreiller un petit pépin de citrouille doré qui donna de beaux légumes.

Et le village fut sauvé !

Pauvre Tête de Citrouille qui s’en retourna vivre caché dans le cimetière !

Mais le petit O’Maley fut bien surpris l’année d’après, car enfants et parents en redemandaient. Tad se creusa la tête, car il fallait trouver de nouvelles idées pour faire oublier aux villageois leurs difficiles conditions de vie.

Une cohorte de squelettes ?

Une araignée géante ?

Ou peut-être des chauves-souris avides de sang frais?

Non. Une tête coupée ?

Ou un pied arraché ?

Tête de Citrouille était en ébullition : il y avait tellement de choses à inventer…

La complainte de Lorelei

La complainte de Lorelei

Voici mon texte dans le cadre du challenge Citrus Jeunesse qui s’est déroulé en Août.

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Capitaine du Trèfle Rouge, Thorfrid était un pirate Viking de renom, voguant à présent en direction de l’Irlande, cette île fraîchement découverte. Son équipage le suivrait au bout du monde, lui qui leur avait trouvé des trésors inestimables mettant à l’abri leur famille pour un certain temps.

Pour cette nouvelle expédition, Thorfrid devait rejoindre son frère Bjarni qui constituait une colonie à Lough Neagh. Il avait découvert une grotte secrète dans laquelle, il l’espérait, gisait un trésor. Mais pour partir à la découverte de ce lieu, Bjarni attendait son aîné à qui il devait toutes ses compétences en piraterie.

*

Lorsque Thorfird accosta en Irlande, ses hommes se jetèrent dans le lac, se délectant d’une bonne eau propre sur leur corps sale et malodorant. Ils furent accueillis par une grillade de poissons fraîchement pêchés qu’ils avalèrent goulument.

Thorfid passa la soirée auprès de Bjarni pour organiser leur chasse au trésor le lendemain matin.

Le sommeil du pirate fut agité. Toute la nuit, une longue complainte résonna dans la lande. D’abord, les Vikings prirent ça pour le vent, mais reconnurent rapidement une douce voix féminine les appelant à la rejoindre dans l’onde. Le lendemain matin, deux membres de l’équipage du Trèfle Rouge avaient disparu. Thorfird les fit rechercher, mais les pirates restèrent introuvables. Le capitaine décida néanmoins de partir à la découverte de cette grotte secrète, vantée par son petit frère.

Menant l’expédition, Thorfird pénétra dans l’impressionnante caverne surplombée de tranchantes stalactites. L’eau du lac se déversait jusqu’au fond de la grotte et le clapotis de l’eau résonnait. Les échos étaient tels que les membres d’équipage resserrèrent leur main sur leur épée en pensant qu’un quelconque géant viendrait les attaquer.

Ils n’avaient pas parcouru la moitié du chemin quand la complainte se fit de nouveau entendre. Une voix douce et mélodieuse, mais d’où pointaient des accents d’avertissement et de tristesse. Soudain, leurs torches s’éteignirent et la peur s’empara des rangs. Les Vikings coururent jusqu’au fond de la grotte où les attendait un trésor, bien gardé derrière une porte en fer. Les yeux de Bjarni s’agrandirent de plaisir et il frappa sur l’épaule de son frère en souriant de toutes ses dents. Thorfird, plus prudent, invita ses compagnons à attendre avant de se jeter sur la pile d’objets précieux.

D’ailleurs, il ne s’agissait pas d’une pile, mais de trois couronnes en or serties de perles de nacre et d’un saphir au centre. Les pierres brillaient de mille feux et semblaient appeler les pirates. Deux d’entre eux se firent avoir.

Se glissant auprès des couronnes malgré les avertissements du capitaine, ils furent happés par un trou d’eau juste devant la barrière qu’ils agrippaient de toutes leurs forces pour la faire céder. Les mains de l’un d’entre eux restèrent collées aux barres de fer.

Bjarni lança une pierre dans le trou qui fut immédiatement avalée telle une huitre se refermant sur un grain de sable. Thorfird interdit à tous de s’approcher du trésor avant d’avoir trouvé un plan pour échapper au piège.

Cette nuit-là, ils décidèrent de camper dans la grotte, veillant le trésor comme un enfant chéri.

Cette nuit-là encore, la complainte résonna sur Lough Neagh. Alors que l’équipage du Trèfle Rouge dormait, Thorfird se leva et avec prudence retourna à l’entrée de la grotte.

La pleine lune se découpait sur le lac paisible. Une chouette hulula et un loup dans le lointain lui répondit.

C’est alors qu’il la vit.

Tressant des algues dans ses cheveux de jais, assise sur un rocher à quelques mètres de la plage, Lorelei la sirène chantait en fixant de ses yeux verts d’eau Thorfird. Accrochés aux rochers pendaient les têtes de ses compagnons de voyage disparus la nuit précédente. Le capitaine viking frissonna, mais ne put s’empêcher de s’approcher un peu plus pour dévisager la magnifique créature.

Sa peau de lait parfaitement lisse et perlée d’eau douce brillait.

Ses cheveux ondulaient au gré de la brise nocturne, ses délicates mains baguées d’anneaux de corail les tressant avec patience et soin.

Lorsqu’elle chantait, sa bouche rouge s’ouvrait sur de petites dents aiguisées, blanches comme la neige.

Thorfird se retrouva dans l’eau jusqu’à mi-genoux, tendant la main vers la délicieuse créature qui s’était arrêtée de chanter. Glissant hors de son rocher, la sirène perdit sa queue argentée pour des jambes fuselées. Elle s’approcha du pirate à petits pas, révélant sa splendide nudité, ses longs cheveux battant ses hanches. La créature s’arrêta à quelques centimètres de Thorfird humant avec force les odeurs mêlées de cuir et de sueur du viking.

Le capitaine du Trèfle Rouge se laissa dévisager par la sirène qui lui tournait autour en effleurant délicatement une épaule ou une mèche de cheveux. Le Viking sentit son sang s’accélérer : il aurait bien voulu la toucher, caresser ses cheveux et descendre un peu plus bas auprès de ses reins qui l’appelaient, mais il n’en fit rien et attendit.

La divine créature se lova alors contre lui et lui glissa à l’oreille :

« Les couronnes sont à moi. Ne les touche pas. »

Puis le poussant vivement vers la plage, elle se retourna pour plonger dans l’eau, emportant avec elle le rocher aux têtes coupées.

Thorfird se retrouva assis sur le sable, les pieds trempés, une algue derrière son oreille. Il retourna sans un bruit se coucher auprès de ses compagnons. Le vaillant Viking passa une nuit agitée où ses rêves le menèrent auprès de la sirène qu’il aima avec passion et d’hommes s’entretuant pour des couronnes. Alors qu’il goûtait pour la dixième fois à la peau nacrée de sa sirène, son rêve se teinta de sang ruisselant le long de la poitrine de la créature. Il se réveilla en sursaut alors que le soleil venait à peine de poindre à l’horizon, sa couche trempée de sueur.

*

Le Trèfle Rouge rentra au Danemark sans trésor.

Et sans son capitaine…

Car le lendemain, lorsque Thorfird annonça à ses hommes qu’on ne toucherait pas aux couronnes, la colère s’empara des pirates qui refusaient de quitter Lough Neagh sans leur butin. Ils essayèrent de lui faire entendre raison, mais le capitaine pirate ne changea pas d’avis. Il disait le lieu maudit et ne voulait pas perdre d’autres hommes. Bjarni et ses hommes connaissaient la valeur de Thorfird et ils préféraient l’écouter. Après tout, protéger ses compagnons était une belle preuve de loyauté de la part du chef de leur communauté.

Mais l’équipage du Trèfle Rouge se mutina. S’ensuivit un violent combat contre les compagnons de Bjarni qui défendaient leur chef. Plusieurs perdirent la vie et il fut décidé d’abandonner Thorfird dans ce lieu encore inhabité. On donna le commandement du navire à Bjarni qui n’eut d’autre choix d’accepter pour garder la vie sauve. Thorfird ne vit pas se dessiner sur le visage de son jeune frère un rictus vengeur…

Le soir même, lorsque ses compagnons furent partis, Thorfird s’allongea sur la plage en regardant la lune. Il ne sut pas à quel moment il s’était endormi, mais se fut Lorelei qui de nouveau le tira de son sommeil.

La sirène ne chanta pas longtemps et vient à la rencontre du Viking. Elle lui prit la main et l’entraîna au fond de la grotte. Ouvrant la porte de fer, elle s’approcha des trois couronnes avant d’entonner un chant d’une infinie mélancolie. Alors, les trois scintillants objets se soulevèrent pour révéler trois jeunes filles au visage défiguré par ce qui semblait être des coups d’épée. Leur queue reposait tristement dans le peu d’eau qui arrivait jusqu’au fond de la caverne, entravée par de lourdes chaînes.

La sirène aux cheveux de jais invita Throfird à la rejoindre. Le Viking voulut éviter le piège, mais à sa grande surprise, il ne s’actionna pas. Observant avec attention les autres sirènes, il plongea dans leurs yeux verts d’eau, les mêmes que sa belle sirène.

Et alors il comprit.

Il comprit que Bjarni lui avait caché la vérité. Ils avaient trouvé ce trésor bien avant son arrivée et lui et ses hommes avaient abîmé ces pauvres créatures. Il approcha sa main vers elles et toutes eurent un mouvement de recul. Les dents pointues de la belle sirène sortirent, ses yeux lançant des éclairs. Mais alors qu’elle était sur le point de le mordre, Thorfird retira délicatement les couronnes des prisonnières, les jetant à l’eau. Il brisa leurs chaînes, s’arrachant les paumes des mains. Avec finesse, il les transporta une par une dans le lac Neagh où elles retrouvèrent avec joie leur élément.

Ce soir-là, la belle Lorelei ne chanta pas sa complainte assise tristement sur son rocher. On entendit loin dans la lande les soupirs de la belle dans les bras de son amant.

Un zombie n’est plus rien

Un zombie n’est plus rien

C’est Halloween ce soir, alors voici le conte 2014

Bloody Lane était désertique.

Le quartier s’était peu à peu vidé de ses habitants. Certains avaient fui, mais d’autres restaient étendus sans vie sur les trottoirs ou les toits des voitures.

On entendait les feuilles glisser sur le pavé. Un bruit habituellement imperceptible devenu beaucoup trop bruyant pour les oreilles fragiles d’Emilio. Rôdant autour des maisons vides, le jeune homme reniflait l’air à la recherche de quelque chose.

Ou plutôt quelqu’un…

Car toutes les maisons n’étaient pas vides. Dans l’une d’entre elles, une riche demeure maintenant lourdement barricadée, vivait la famille Bones. Et dans cette famille, il y avait Camille, la fille aînée. Par la fenêtre de sa chambre, lorsque ses parents ne regardaient pas, Camille observait Emilio traîner ses jambes en grognant. Elle savait qu’il la cherchait.

Elle se souvint alors de ses origamis qu’il lui glissait en secret pendant les cours. Toujours habilement pliés et complexes. Elle les gardait dans le tiroir de sa table de chevet. Parfois, elle les sortait pour les faire défiler une à une devant la fenêtre. Alors Emilio s’arrêtait et Camille l’avait déjà vu sourire.

De son côté, Emilio se souvenait vaguement de son ancienne vie, mais quand il voyait Camille à sa fenêtre, il était alors persuadé de ne pas avoir toujours été ainsi. Dans ces moments-là, il aurait voulu lui dire qu’il avait été amoureux d’elle. Tous les jours, même quand il arrachait la tête d’un pigeon ou plongeait ses mains dans le ventre d’un chien errant, il se forçait à garder en mémoire cette jeune fille.

Il avait été bête, terriblement bête, de ne pas s’être caché dans la demeure de la famille Bones le jour où le quartier avait été contaminé. Mais il avait voulu sauver sa voisine, la vieille mademoiselle Crush. Il s’était fait mordre au moment où Camille refermait la porte de sa maison derrière elle, implorant son père de l’aider.

Emilio avait perdu la vie. La vieille Crush aussi.

Maintenant, il était condamné à devenir une Chose dénuée de sentiments, de souvenirs et de dignité. Cela faisait deux semaines maintenant et sa mémoire lui échappait. Alors quand Camille lui montrait ses origamis, il savourait avec plaisir les dernières miettes d’humanité qui lui restait.

Un jour, Camille avait fait monter sa mère pour lui montrer les réactions d’Emilio.

« Je crois qu’il sait toujours qui je suis. Il m’aime bien, avait-elle dit dans un sourire presque forcé.

– Un zombie ne se souvient de rien. Il n’aime rien. Il n’est plus rien, Camille ! avait déclaré sa mère froidement, fermant brusquement les rideaux de la chambre ».

Depuis ce jour, Camille n’adressait plus la parole à sa mère.

*

Camille avait immédiatement été fascinée par le nouveau comportement de ses anciens voisins. Elle prenait des notes dans un carnet déjà bien griffonné. Même son père, biochimiste émérite, avait laissé tomber. Mais la jeune fille voulait comprendre. Elle pensait que quelque part en eux, existaient encore des « particules d’humanité » comme elle les appelait.

Son principal sujet restait Emilio, son ami et voisin de cours pendant trois ans. Il faisait partie de sa bande tout comme sa meilleure amie Lucie, le terrible Antonin et son jumeau Pablo.

Elle l’avait déjà vu dévorer un écureuil juste sous sa fenêtre. Fermant  les yeux, elle s’était souvenue du gâteau d’anniversaire qu’il lui avait cuisiné pour ses seize ans. Elle avait souri et en rouvrant les yeux, Emilio la regardait, la tête penchée sur le côté, du sang barbouillant son menton et ses joues.

Dans ces moments-là, elle voulait pleurer et ne plus jamais le regarder.

Dans ces moments-là, il la dégoûtait, mais elle oubliait ce qu’il était devenu et ressortait ses origamis, juste pour le voir sourire

*

Emilio voulait quitter Bloody Lane. Mais avant, il devait dire adieu à Camille.

Il avait tout prévu. Même un nouvel origami, de travers, mal plié et tâché de sang, mais un origami quand même.

Oui, Emilio avait tout prévu, sauf peut-être une chose…

Alors que la famille Bones pensait finir ses jours barricadée dans leur immense demeure, un énorme 4×4 fit son entrée dans Bloody Lane avec à son bord la tante de Camille, sœur de sa mère.

Fonçant à toute allure dans la rue, le bolide écrasa une dizaine de zombies, répandant une affreuse bouillie sur les trottoirs. Tout en klaxonnant comme une furie, la tante de Camille ouvrit sa fenêtre et hurla à la famille de sortir.

Au moment où les Bones quittèrent leur cachette, Emilio lui, appliquant son plan bien rôdé, se traîna jusqu’au portail, son origami au creux de sa paume ensanglantée.

Oui Emilio avait tout prévu, sauf de se faire percuter par le 4×4.

Tout prévu, sauf peut-être Camille qui sortit au même moment et vit son ami coupé en deux par sa tante en furie.

Alors que tout le monde grimpait dans la voiture, Camille resta figée. Elle vit l’origami déchiqueté à côté du corps d’Emilio en aussi mauvais état. Elle voyait ses paupières bouger et entendait son souffle rauque.

Camille regarda Emilio dans le blanc des yeux et à ce moment-là, elle sut.

Elle sut que jusqu’à maintenant, il se souvenait d’elle. En prenant l’origami dans ses mains, Camille se demanda pourquoi elle ne lui avait jamais dit être amoureuse de lui.

Alors la jeune fille se baissa près de son ami, près de son visage ; encore plus près, jusqu’à poser sa bouche contre l’une de ses oreilles. Malgré les hurlements hystériques de sa mère, elle murmura ceci à l’oreille d’Emilio :

« Moi aussi, Emilio, j’étais amoureuse de toi. »

Lorsque le jeune homme s’éteint, un sourire sur les lèvres, Camille Bones se jura de savourer pleinement la vie.

(@)ClémentineFerry

Procession

Procession

Voici un petit texte inspiré par une illustration d’un ami écrit pour son anniversaire.

procession-B@Renaud Bouet

L’hiver s’était installé.

La neige recouvrait la forêt de son épais manteau moelleux.

Les gouttes d’eau cristallisée tombaient sur le sol créant une musique douce et légère presque imperceptible.

L’air sentait le sapin et la terre mouillée.

On entendait parfois les Hommes s’appelant entre eux au cœur de la forêt, découpant avec entrain les arbres que l’on décorerait. Autour desquels les enfants crieraient, se chamailleraient, joueraient aux Indiens et ouvriraient avec des yeux émerveillés leurs paquets tant espérés.

Chaque soir, les Fées des Glace sortaient de leur palais de cristal pour s’adonner à l’une de leur activité favorite : le patinage ! Glissant comme des ballerines impeccables, elles faisaient cliqueter leurs ailes diaphanes attirant à elles les animaux de passage. On les regardait avec délice. Gracieuses créatures si fragiles, elles se couraient après en gloussant et réalisaient d’impensables figures en touchant à peine le sol.

Parfois, l’une d’entre elles apposait sur la glace un baiser furtif, laissant une trace rouge sang au milieu du lac gelé. On dit que celui qui toucherait cette marque, obtiendrait à jamais la bénédiction des Fées…

Chaque soir aussi, comme tous les autre soirs de l’année, Dame Nuit recouvrait le ciel de son manteau de Ténèbres. Mais en cette période aussi glaciale que merveilleuse, Dame Nuit passait inaperçue.

Quand elle survolait les forêts de sapins, écureuils et petits oiseaux partaient se réfugier dans leur abri. Les cerfs levaient alors la tête pour mieux rassembler leur troupeau et s’abriter dans des clairières protégées du froid.

Sa lente procession dans le ciel était d’un ennui mortel.

Les Fées, en bas, glissant sur les lacs gelés tel des poupées mécaniques, ne daigneraient-elles pas la regarder ? Voir son grand manteau noir obscurcir le ciel. Dame Nuit aurait bien aimé se voir et admirer le changement de lumière dans le ciel.

Mais les Fées des Glaces jouaient avec la nuit comme avec les amoureux transis. Sans elle, pas de patinage sur la glace, car en journée les Fées restaient cachées. Seulement Dame Nuit ne disait rien, car ces délicates créatures ravissaient pourtant ses soirées.

Son compagnon Jour avait plus de succès attirant une foule de partisans, Humains comme Animaux. Seuls les mages et les ensorceleuses attendaient avec envie l’arrivée de Dame Nuit. Quant à Dame Lune, tout le monde la regardait, contemplant béatement sa beauté et son magnétisme. Mais si Dame Nuit n’existait pas, Dame Lune ne sortirait pas et n’entraînerait pas avec elle les milliers d’étoiles, descendant du firmament, brillantes comme des diamants purs.

La procession de Dame Nuit était une mission longue et ennuyeuse. Une mission de solitude. Un seul être pourtant, la contemplait en secret. Chaque nuit, en haut d’une colline ou caché dans sa tanière, en meute ou solitaire, le loup regardait sa maîtresse.

Dame Nuit était touchée par cet être si discret. Cet animal violent et sans peur qui parfois lui laissait en cadeau des empreintes gelées, à jamais prisonnières de l’hiver.

« Comme les Hommes sont bêtes, pensait à la fois triste et amusée Dame Nuit. »

Car si le loup hurle vers les étoiles, c’est qu’il voit passer la Nuit.

La Nuit et son sombre manteau, aussi effrayante que lui.

Epique Halloween

Epique Halloween

Cette année c’est ma coéquipière pour le projet Mystérieuses Lucioles qui m’a inspirée pour mon conte d’Halloween.

Lullaby était coincée.

Coincée dans un monde si laid, qu’elle n’osait pas le regarder. Un monde pailleté et coloré où l’on sautait sur des nuages en mousse.

Comme Heimdall, Lullaby était une gardienne ; la Gardienne du passage vers le Monde des Cauchemars.

Ce soir, nous étions le 31 octobre, la nuit d’Halloween ; tous les monstres terrestres viendraient faire la fête au pays des Cauchemars.

Lullaby était coincée. Coincée… au Pays des Rêves !

*

Qu’avait-elle fait ?! Une belle bêtise ! Mais pourquoi diable s’était-elle laissée aller à rêver ? Hum… quelle idée !

Maintenant, il était temps de prendre les choses en main et de sortir de ce Pays nauséabond.

Elle osa relever la tête. Un énorme ballon rouge lui arriva sur le visage qu’elle s’empressa d’enfouir dans ses mains. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, un petit humain lui faisait face à quelques mètres. Par des gestes, il lui demanda de lui renvoyer l’objet. Elle découvrit une rangée de dents tranchantes, mais l’enfant lui sourit. Quel petit effronté ! Quelle grossièreté ! Quelle regrettable erreur de la part de ce porcinet !

Lullaby contourna fièrement le ballon en fixant le petit humain de ses yeux jaunes vénéneux. L’enfant n’y prêta pas attention et vint récupérer seul son jouet. Lullaby sentit la colère monter en elle. L’incompréhension aussi. Mais quel est donc cet endroit où on ne respecte pas les Monstres ?

La Gardienne n’eut pas d’autre choix que de visiter ce pays afin d’en trouver la sortie. A force de tourner et de chercher, on finit par la remarquer. On voulut jouer avec elle, parler avec elle et toucher son visage étrange. Morsures, griffures, coups de tête : rien n’y faisait ; on venait toujours vers elle  et personne n’avait peur ! « Diable quelle horreur ! pensa Lullaby en frissonnant. Si un jour je croise Satan, je lui parlerai de cet endroit dément. »

En traversant un parc à la pelouse rose cochon, elle entendit sonner six heures. La nuit commençait à tomber et les « gens » rentrait quelque part qui devait être chez eux. Elle se dit que la nuit serait plus tranquille et que personne ne viendrait la déranger dans ses recherches. Quelle naïveté, Lullaby !

A peine le Soleil s’était-il couché, qu’une cohorte d’anges poupons et de fées élégantes envahirent les lieux. Horrifiée, Lullaby se cacha derrière un arbre, espérant ne pas se faire repérer. Mais un ange blond, sans doute plus intelligent que les autres, vint la déloger. Avec sa trompette en or, il lui susurra une horrible berceuse qui fit couler des pétales de rose d’on ne sait où. Lullaby hurla. Elle courut, courut poursuivie par l’infâme ange poupon au sourire figé comme un clown de cirque.

Quand elle se retournait, la Gardienne le voyait voleter dans le ciel sans nuages, sans pluie et sans fantômes. Soudain, elle se retourna comme une furie et arrêta l’ange, le pointant du doigt avec un ongle pourri :

« Mon cher ami, tu me saoule, je préfère le murmure des Goules ! Aujourd’hui c’est Halloween, pas de place pour le spleen ! »

Alors, avec une révérence bien basse, l’ange poupon s’en alla avec sa berceuse enfantine.

*

Lullaby était enfin seule. Elle pouvait terminer son exploration. Mais où diable était donc la sortie ? Après le parc, elle dépassa des endroits étranges où de petites humaines montaient des licornes colorées. Où de petits humains se battaient avec des hommes en capes. On souriait. On se tapait dans le dos. On s’embrassait. On se cajolait. On riait. On…

Stop !!

Lullaby s’allongea sur le sol. La tête lui tournait et elle avait envie de vomir. De nouveau, elle entendit sonner l’horloge. Il était huit heures. Dans deux heures, la soirée d’Halloween débuterait et si elle n’était pas à son poste, Lullaby serait rayer du monde des Cauchemars. Où irait-elle ? Avec qui partagerait-elle ses journées ? Plus de vampires ni de fantômes. Ni mêmes les fées noires un brin maniérées, mais si délicieusement belliqueuses. Oui, où irait-elle si…

« Oh que Jack O’Lantern me vienne à l’aide !! Vais-je donc finir dans ce maudit pays ?! »

Mais oui, ça serait sans doute sa punition pour avoir déserter son poste !

Lullaby se redressa immédiatement. Elle prit son courage à deux mains, bien qu’il ne lui en restait qu’une, et fonça comme une furie à travers le Pays des Rêves. Tout en marchant, cherchant, fouinant, cassant, elle se répétait sans cesse :

« Vite, vite, faites que je trouve la sortie ! Vite, vite, je veux revoir mon pays ! »

A force de souhaiter, à force de (oui disons-le !) rêver de rejoindre sa patrie, à force de rêver si fort, tout le Pays des Rêves s’arrêta de tourner et devant elle apparut la porte tant désirée.

A bout de souffle, Lullaby poussa le lourd portail et fut aspirée par un tourbillon de nuages roses cochon.

*

La boue amortit sa chute. Elle se trouvait dans un marais puant.

Des chouettes hululaient. Le Soleil s’était couché depuis bien longtemps et une belle Lune blanche brillait.

Lullaby huma l’air avec délice : elle était chez elle !

Elle apercevait le pont suspendu dans les airs menant au Pays des Cauchemars. Elle voyait sa petite lanterne biscornue dont la lumière venait d’une centaine de lucioles, ses compagnes de nuit.

La Gardienne se releva aussi vite que possible malgré la boue qui collait à ses vêtements. Déjà, elle entendait le brouhaha des monstres qui se dirigeaient vers le pont. Elle trébucha. Vite, elle devait être prêt quand le premier monstre montrerait sa tête. Arrivée au début de la passerelle, elle nettoya ses pieds et s’avança. Quel plaisir de se retrouver ici, suspendue au-dessus du marais où les crapauds bluffe déployaient leur gorge humide !

Comme elle le faisait chaque nuit d’Halloween, elle appela ses camarades araignées pour qu’elles prennent place dans la vieille harpe tordue et jouent l’air d’entrée : la Marche des Monstres ; un classique.

Lullaby enleva la boue de ses vêtements puis les lissa avec précaution. Enfin, elle leva les yeux.

Face à elle, vampires, goules, loups garous, fées et elfes noirs, fantômes et dames blanches, s’avançaient joyeusement vers le pont. Fière, la Gardienne se redressa, prête à les accueillir. En soupirant, elle se dit : « N’est-ce pas le plus beau pays ? Le pays le plus merveilleux où tous les monstres sont heureux ! »

021-Dans-la-brume

Mais soudain, levant les yeux au ciel elle sourit.

Car oui, n’est-ce pas grâce au Pays des Rêves que Lullaby est ici ? Ce pays si laid, pailleté et coloré où l’on saute sur des nuages en mousse…

JOYEUX HALLOWEEN!!